Joli-Coeur retourne sa médaille à la France

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Joli-Coeur retourne sa médaille à la France

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S'il retourne sa médaille, Jacques Joli-Coeur sera le premier Québécois à protester de la sorte.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Pierre-André Normandin
Le Soleil

(Québec) Décoré par la France pour avoir contribué à améliorer les relations avec le Québec, le conseiller municipal Jacques Joli-Coeur a décidé de renvoyer sa médaille pour protester contre les propos du président français.

Le 2 février dernier, Nicolas Sarkozy avait profité de la remise de la Légion d'honneur au premier ministre Jean Charest pour dénoncer le «sectarisme» du mouvement souverainiste québécois. Sortant du texte de son discours, le président français avait lancé aux Québécois que «pour vous aimer, je n'ai pas besoin de détester les voisins (...), pour prouver qu'on aime les autres, on n'a pas besoin de détester leurs voisins».

Plus tard, il ajoutait que «ceux qui ne comprennent pas ça ne comprennent pas le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l'enfermement sur soi-même et le refus de cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l'autre».

La déclaration avait tôt fait de susciter les hauts cris dans les rangs souverainistes, le Parti québécois et le Bloc allant jusqu'à écrire au président français. Ancien chef du protocole au ministère des Affaires internationales, Jac­ques Joli-Coeur a plutôt choisi de discrètement faire un geste «personnel». «Quelques jours après l'événement», il renvoyait donc la médaille de l'Ordre national du mérite qu'il a reçue en 1999, a-t-il confirmé hier au Soleil.

«C'est une réalité du passé. La chose est faite.»

Choqué

Questionné sur ses motivations, celui qui occupe toujours le poste de maire suppléant a dit avoir «été très choqué de voir mon premier ministre (Jean Charest) souffrir cette scène à la remise de la Légion d'honneur». D'autant plus que les propos du président français sont «aussi insultants pour mes compatriotes canadiens».

Malgré son geste fort symbolique, Jacques Joli-Coeur a préféré ne pas s'étendre sur sa décision hier. «C'est une question d'ordre personnel sur laquelle je ne souhaite pas élaborer», a simplement fait savoir le conseiller du Vieux-Québec. Dans une entrevue accordée à La Presse mardi, il a néanmoins confié sa gêne devant les propos du chef d'État français. «Tout souverainiste que je sois, je n'ai jamais accusé mes compatriotes canadiens de faire preuve de détestation à mon égard, et je n'en ai certainement pas à leur égard.»

«C'est bien évident que c'est un excès de langage, qui ne fait aucune référence à la réalité canado-québécoise. J'étais très heureux de voir mon premier ministre honoré dans les circonstances. Mais j'ai été choqué de voir qu'il a été mis devant un guet-apens, pour ainsi dire. Les Québécois francophones sont souverainistes ou fédéralistes, mais ils sont respectables. Ce n'était pas très gracieux, la façon dont ces propos hors texte ont été tenus.»

Chevalier

Jacques Joli-Coeur a été nommé chevalier de l'Ordre national du mérite, en 1999. Deuxième décoration en importance en France, après la Légion d'honneur, celle-ci a été créée en 1963 par le général De Gaulle. Depuis, elle a été décernée à plus de 150 000 reprises.

Au consulat de France à Québec, on a préféré ne pas commenter la nouvelle.

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