L'heure de gloire de la «classe créative»

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L\'heure de gloire de la «classe créative»

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Les membres de la classe créative, tels les artistes, les techies, les ingénieurs, les professeurs et les scientifiques, représentent grosso modo 30 % de la main-d'oeuvre, mais récoltent 50 % des salaires. Sur la photo :?un concept présenté lors du sommet Québec horizon culture en vue du concours de design urbain.

Illustration Ville de Québec

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Le maire Labeaume a exprimé sa vision de l'avenir cette semaine au sommet Québec horizon culture. Celle d'une ville qui mise sur les artistes et les travailleurs de la haute technologie pour prospérer ? et changer son image de Vieille Capitale. Depuis des années, c'est exactement ce que prophétise Richard Florida, actuellement un des plus influents gourous de l'urbanisme. Selon lui, l'avenir appartient aux villes qui abritent une forte concentration de la «classe créative». Celle-ci comprend, entre autres, des artistes et des techies, mais aussi des ingénieurs, des professeurs, des scientifiques ? tous ceux dont le métier consiste à créer de nouvelles idées ou de nouveaux produits. Le Soleil s'est entretenu avec Kevin Stolarick, directeur de recherche à l'Institut Martin Prosperity, de l'Université de Toronto, et statisticien derrière les best-sellers de
M. Florida sur la classe créative.

Q  Pourquoi est-ce qu'une ville comme Québec devrait miser sur la classe créative pour se développer économiquement?

R  Le truc avec la classe créative, c'est que, même si ses membres représentent 30 % de la main-d'oeuvre, ils récoltent 50 % des salaires. C'est dans cette classe qu'on trouve les meilleurs salaires. En même temps, c'est aussi dans cette classe qu'on trouve les plus bas, comme les artistes, les musiciens ou les autres métiers qu'on fait pour la passion. (...) Mais c'est tout de même cette classe qui obtient la moyenne la plus élevée. Par conséquent, l'économie de la région se portera mieux. Les créateurs développent de nouvelles idées, de nouveaux produits, de nouvelles entreprises. Et ils sont donc aussi à l'origine de la croissance basée sur l'innovation.

Mais au-delà de l'enrichissement, qu'est-ce qu'une ville gagne à accroître sa classe créative?

R  La prospérité, ce n'est pas juste de l'argent. C'est aussi l'éducation, l'environnement, le bien-être et toutes sortes d'autres enjeux, comme le culturel et le patrimoine, qui en bénéficient. Et ce qu'on voit avec la classe créative, spécialement quand on observe les artistes, les musiciens ou d'autres représentants, c'est que ce sont des gens qui sont passionnés par ce qu'ils font. Et leur passion peut être de nettoyer ce cours d'eau dégueulasse qui coule près de chez eux ou aider des enfants à mieux apprendre. Il y a beaucoup de gens dans la classe créative qui ne sont pas motivés par l'argent. Et c'est pour ça qu'il faut qu'ils soient plus nombreux, parce qu'ils vont s'attaquer aux problèmes de la région.

Q  Le maire de Québec veut faire de la culture le moteur économique de sa ville. Vous pensez sans doute que c'est une bonne idée. Pourquoi?

R  S'il y a une chose dont on s'est rendu compte (...), c'est que les gens ont de plus le choix de l'endroit où ils veulent rester. Si un étudiant sort de l'Université McGill et se demande où il va s'établir, il va considérer plusieurs facteurs. Mais il va éliminer les villes où il ne veut pas vivre, peu importe l'offre d'emploi qu'il a ou le salaire qu'on lui propose. (...) Ce que les gens vont chercher, c'est ce qui fait l'agrément d'une région. (Mais) celle-ci ne peut pas offrir la même chose que tout le monde. Si elle ne fait que recréer la même chose que toutes les villes possèdent, ça ne marche pas ? les gens se disent : «On a ça, nous aussi». Ce que les gens cherchent, c'est de l'unicité. (...) Et l'unicité se reflète vraiment dans la culture et le patrimoine. Le musée Guggenheim de Bilbao, par exemple, fait son unicité, même si c'est nouveau. L'unicité peut être créée, ça n'a pas besoin d'être seulement historique. Mais il faut créer quelque chose qui dit : «Hé! nous sommes uniques, et c'est qui fait qu'on est une ville où on a envie de vivre.»

En cette période de crise économique, certains disent que la culture ne devrait pas être une priorité et qu'on devrait plutôt s'attarder aux secteurs qui souffrent, comme le secteur manufacturier. Qu'en pensez-vous?

R  Vous pouvez passer votre temps à regarder en arrière ou vous pouvez regarder en avant. Dans l'avenir, si la compétition se joue sur les talents, sur la capacité d'attirer des personnes compétentes, il faut se demander ce qu'on fait pour les attirer. Les villes qui ne le font pas vont juste rester derrière. Ça ne veut pas dire qu'il faut ignorer les autres problèmes, mais vous ne pouvez pas consacrer toute votre attention à régler les problèmes du moment. En fait, la crise actuelle est une occasion en or pour se repositionner vers l'avenir. Il faut garder un oeil sur ce qui se passe maintenant et un autre sur ce qui s'en vient.

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