Celui qui a touché des milliers de Québécois par son histoire est mort samedi, à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, à Québec.
Il était devenu le symbole de la lutte pour la reconnaissance du lien entre la présence de trichloroéthylène (TCE) dans l'eau de Shannon et le développement de plusieurs cancers chez ses habitants. Un héros local, en quelque sorte.
Aussi, Alexandre est le premier jeune à succomber à la contamination.
«C'est là tout le tragique de l'affaire», s'indigne Marie-Paule Spieser, du Regroupement des citoyens de Shannon. «La pire crainte pour un parent est de perdre un enfant et quand on pense qu'on a pu l'empoisonner sans le savoir, c'est encore plus difficile», ajoute celle qui est devenue une proche de la famille.
Sursis de plus d'un an
Le cancer d'Alexandre avait été diagnostiqué en septembre 2007 et on lui donnait trois mois, à l'époque, relate l'infirmière et résidante de Shannon. Mais le jeune homme a tenu bon pendant près de 17 mois grâce à une nouvelle formule de chimiothérapie. «Il était en forme jusqu'à il y a environ un mois, ce qui lui a permis de faire un voyage à Walt Disney et de vivre plein de beaux moments avant de partir», dit Mme Spieser en rappelant comment Chantal, la mère d'Alexandre, a été formidable, forte et courageuse jusqu'à la fin.
Il y a moins d'un mois, leur histoire était racontée à l'émission Enquête, diffusée à Radio-Canada. Un témoignage qui a ravivé le combat de cette petite municipalité, voisine de la base militaire de Valcartier. Pendant des décennies, la Défense nationale et ses sous-traitants y ont utilisé un dégraissant industriel contenant du TCE. Dès lors, le produit chimique, réputé causer le cancer chez les animaux et, fort probablement, chez l'humain, a contaminé la nappe phréatique où s'abreuvaient les gens de la région.
Selon le reportage, l'armée et le ministère canadien de l'Environnement avaient été avisés du problème en 1978.
Ainsi, un recours collectif est intenté contre le ministère de la Défense nationale et un sous-traitant. Il doit être entendu l'automne prochain. Selon Charles Veilleux, l'avocat du regroupement, le dossier global devrait atteindre 1,3 milliard $, dont 500 millions $ seulement pour la décontamination des sols.
«Pour ma part, je crois que Shannon devrait simplement être rayée de la carte, lance Mme Spieser. Je voudrais bien partir de là. Mais je ne pourrai jamais vendre ma maison. Même si je le faisais, comment pourrais-je vivre en sachant que j'ai vendu ma maison à une famille qui se fait empoisonner?»
Pour plusieurs, le mal est cependant déjà fait et le pire demeure à venir. «Dernièrement, j'ai vu le cas d'un enfant de quatre ans et un de neuf ans. Et ce n'est que la pointe de l'iceberg, laisse-t-elle tomber. Il faudra m'habituer? On ne s'habitue pas à ça! C'est trop difficile à vivre.»
Dans le recours collectif, le Regroupement des citoyens de Shannon évalue à environ 2000 le nombre de personnes qui feront une réclamation.











