D'abord les chiffres. Depuis cinq ans, le RTC a comptabilisé pas moins de 61 accrochages sur le seul tronçon Turnbull-des Érables, soit en moyenne un par mois. Par kilomètre, celui-ci présente donc un taux de 19 accidents par année.
En comparaison, le transporteur a dénombré 26 collisions entre les avenues des Érables et Myrand, un segment pourtant long de 3,3 km. Par kilomètre, ce tronçon présente ainsi un taux d'accidents de 1,6 par année. Autant dire que les accrochages sont 12 fois plus fréquents dans le secteur de la rue Cartier qu'ailleurs sur René-Lévesque.
Les accrochages surviennent principalement dans la direction ouest du tronçon Turnbull-des Érables. Ces cinq dernières années, 47 autobus roulant vers Sainte-Foy ont percuté un autre véhicule, contre 14 dans la direction inverse. «La largeur de la chaussée n'est pas assez grande pour éviter ces accrochages», dit Serge Gagné, vice-président du syndicat des chauffeurs.
Saute-mouton
Mêmes si les dommages restent mineurs - surtout des miroirs arrachés, de la tôle froissée -, les chauffeurs rencontrés par Le Soleil s'inquiètent du projet d'ajouter une piste cyclable dans la voie réservée sur René-Lévesque. Surtout qu'ils trouvent déjà la cohabitation difficile avec les cyclistes.
Se faufilant à travers les véhicules aux feux de signalisation, les vélos finissent par jouer à saute-mouton avec les autobus. Traversant aux lumières rouges ou pendant les priorités piétonnes, les cyclistes sont rapidement rattrapés une fois que les feux tournent au vert. Puis à la prochaine intersection, le manège recommence.
Si ce jeu de saute-mouton ne pose pas grande difficulté sur la majorité du boulevard René-Lévesque, c'est une autre histoire sur les 650 mètres entre Turnbull et des Érables où la voie se fait serrée. La Ville songe à retirer les cases de stationnement en bordure de ce segment, mais les commerçants ont manifesté leur opposition jusqu'à présent.
Mais une simple visite du secteur permet de comprendre les nombreux obstacles auxquels sont confrontés les chauffeurs du RTC. À l'intersection de l'avenue Turnbull, le boulevard René-Lévesque passe soudain de six à trois voies - quatre durant les heures de pointe.
Relégués à l'extrême droite dans leur chaussée réservée, les autobus doivent en quelque sorte changer de voie pour poursuivre leur chemin. Les automobilistes se montrent toutefois peu enclins à céder le passage. «T'en laisse passer un, puis deux, mais à un moment, il faut y aller. T'as beau mettre ton clignotant, c'est comme s'ils ne le voyaient pas», lance au Soleil un chauffeur alors qu'il jette un coup d'oeil dans son rétroviseur.
Mieux - ou pire, c'est selon -, certaines voitures essaient parfois de battre de vitesse les autobus afin de tourner à droite. Inévitablement, leurs trajectoires se rencontrent et c'est la collision. Une fois ce goulot d'étranglement passé, c'est au tour des voitures garées de poser problème puisqu'elles empiètent sur la voie réservée. En fait, le corridor prioritaire n'est pas même assez large pour un autobus. Les chauffeurs doivent donc rouler à cheval sur les deux voies pour éviter d'arracher les miroirs des voitures stationnées.
Problème «pour emporter»
Secteur commercial oblige, les véhicules sont nombreux à se garer en double dans la voie réservée pour un bref arrêt, forçant les autobus à les contourner. Reste que plusieurs camions de livraison ont ainsi vu leurs miroirs se faire arracher.
Coin Cartier, une voiture mal garée complique la tâche du chauffeur qui a accepté de montrer au Soleil la difficulté à naviguer dans ce secteur. Déjà volumineux, le véhicule sport utilitaire (VUS) est stationné à plus de 40 cm du trottoir. Si un policier était passé par là, son propriétaire aurait certainement eu une amende, le code de la sécurité routière stipulant qu'un véhicule doit être garé à moins de 30 cm de la bordure de la chaussée.
Le chauffeur n'a pas le temps d'attendre et tente donc de le contourner. Mais voilà, un autre autobus attend dans la voie de gauche pour tourner. Incapable de se faufiler, il s'arrête en diagonale pour permettre aux gens attendant sur le trottoir de monter, bloquant du coup les deux voies de René-Lévesque.
Au coin de rue suivant, ça coince encore. Même si le lignage de la chaussée indique que le boulevard dispose de deux voies en direction ouest, aucun autobus ne peut se faufiler entre les voitures qui tentent un virage à gauche sur Bourlamaque et celles garées à droite. Lundi, un automobiliste ayant activé son clignotant à la dernière seconde a d'ailleurs valu un freinage brusque aux passagers de l'autobus à bord duquel prenait place Le Soleil.












