Annoncé en grande pompe voilà deux ans, le projet NeuroCité devait faire naître dans D'Estimauville un complexe de recherche sur les sciences du cerveau de 250 millions $ et créer 2000 emplois. Le tout devait s'articuler autour du Centre de recherche universitaire Robert-Giffard qui connaît une croissance fulgurante depuis plusieurs années que le financement public n'arrive pas à soutenir seul.
Mais voilà , le projet du Dr Michel Maziade qui cherchait à créer une société hybride public-privé pour financer la recherche vient de recevoir deux coups qui risquent de lui être fatals. Le 11 juin, une lettre du Bureau de la Capitale-Nationale informait les dirigeants de Neurocité qu'il suspendait leur financement à la suite d'une analyse du ministère du Développement économique sur sa pertinence. Or, celle-ci concluait que «la nécessité d'investir dans la création d'une nouvelle entité de valorisation n'est pas démontrée».
Puis fin juin, le projet était envoyé au tapis lorsque son principal partenaire privé, une pharmaceutique qui promettait de contribuer pour 7 millions $, a finalement décidé de lui faire faux bond. «À la toute dernière minute, on a appris que les négociations avaient échoué, que la compagnie pharmaceutique nous disait que finalement elle allait traiter directement avec l'Université», a expliqué Jean-Paul L'Allier, qui préside le conseil d'administration de NeuroCité.
Activités suspendues
Sans le sou, sans partenaire privé, les dirigeants du projet ont ainsi décidé de «suspendre» leurs activités officiellement jeudi. Faut-il y voir la fin? «On va le savoir d'ici septembre. Je veux rencontrer [le ministre Sam] Hamad pour lui demander ce qu'on fait. S'il me dit que c'est fini, qu'ils ont un autre projet, ils le feront. Je ne me contenterai pas d'une réponse ?entendez-vous et revenez me voir? parce qu'on ne s'entend pas avec l'Université et c'est majeur», a indiqué Jean-Paul L'Allier jeudi.
Parce que voilà , on apprend en effet que l'institution et son recteur, Denis Brière, ont décidé voilà quelques mois de se retirer du projet. Les deux parties ne sont pas arrivées à s'entendre sur le mode de fonctionnement du projet, une situation d'autant plus paradoxale que le Centre de recherche de Robert-Giffard est affilié à l'Université Laval.
«Le problème, c'est que c'était déconnecté de l'Université et je n'ai jamais vu ça. C'est élémentaire [de s'entendre avec l'Université Laval]. Ce sont des laboratoires de l'Université Laval», a commenté Régis Labeaume, jeudi en point de presse.
Reste que le maire ne s'est pas inquiété outre mesure de la nouvelle. Pour lui, l'important reste de conserver les chercheurs déjà établis à Québec. «Les deux frères De Koninck ne vont pas arrêter de faire de la recherche parce que c'est suspendu. Je dis toujours que ceux qui sont les plus importants, ce sont les chercheurs.»
Plus tard, il ajoute surtout vouloir «savoir si les chercheurs sont toujours heureux à Québec. Le reste, ça s'organise. Les structures, c'est pas mal moins important que ceux qui font la recherche».
La relance de D'Estimauville ne serait pas compromise
NeuroCité a beau avoir été maintes fois présentée comme le point de départ pour la relance de D'Estimauville, son abandon ne compromet pas la revitalisation du secteur, assurent tant le maire Régis Labeaume que son prédécesseur, Jean-Paul L'Allier.
«D'Estimauville va être relancé. J'ai donné des nouvelles directives, on a déjà des premières maquettes. Même si NeuroCité avait marché, on changeait de direction. On avait une place pour D'Estimauville - et on en a toujours une -, mais D'Estimauville, ça vient de changer de cap. Ça prend des humains dans le centre-ville et proche du centre-ville et on veut des humains», a exposé M. Labeaume jeudi, promettant de nouveau une annonce plus complète en septembre.
L'un des principaux promoteurs de NeuroCité, l'ex-maire Jean-Paul L'Allier, demeure lui aussi convaincu que la relance du secteur n'est pas compromise par les difficultés de son projet. «À mon avis, [Régis Labeaume] fait son travail comme il faut dans ce dossier. Pour lui, c'est le développement immobilier de l'ensemble de la rue qui compte et il défend ça très bien.»
Jean-Paul L'Allier estime par ailleurs que la NeuroCité a souffert d'être trop souvent réduite à un projet immobilier. Oui, des bâtiments devaient permettre de donner le signal de départ à la relance du secteur D'Estimauville, mais l'objectif principal était surtout de trouver du financement pour la recherche des sciences du cerveau.



















