«C'est triste parce que c'est un rêve qui s'éteint. Notre resto est devenu sa propre utopie», a confié au Soleil Frédéric Gauthier, un des quatre propriétaires.
Avoir été consacré l'une des dix meilleures tables au Canada lors de son ouverture en 2004 n'a pas suffi. Depuis un an, les gourmets étaient de moins en moins souvent au rendez-vous, surtout en début de semaine, et les plus importants clients ont sabré les dépenses. «Depuis le début de la crise économique, les grands groupes comme les compagnies pharmaceutiques ont cessé de venir», a expliqué M. Gauthier.
En s'installant dans le quartier Saint-Roch, les propriétaires ont aussi fait un pari audacieux. Presque 45% de la clientèle provenait de l'extérieur de la ville.
«Nous avons été précurseurs de nous installer ici, mais le rythme de développement dans le quartier était plus lent que
notre capacité à survivre. Québec n'est pas aussi business que Montréal ou New York», a convenu M. Gauthier.
Leurs clients leur reprochaient aussi souvent le manque de places de stationnement, malgré le service de voiturier.
En mai, les propriétaires se sont donc mis à la recherche d'un lieu plus adapté à leur Utopie. En septembre, ils ont jeté leur dévolu sur un local à louer au Palais Montcalm, à la place d'Youville. Mais l'absence de ventilation rendait impossible d'y concevoir une cuisine dans les délais nécessaires.
Devant l'urgence du déficit, les propriétaires ont enfin dû se résigner à fermer boutique et à mettre à pied 15 employés.
Le malheur des uns...
Toutefois, le bail du local de la rue Saint-Joseph n'a pas été résilié. «Le proprio nous admire pour l'audace dont on a fait preuve avec l'Utopie, alors il nous fait confiance pour la suite», a lâché enthousiasmé M. Gauthier, également propriétaire du Cercle.
Il a laissé entendre qu'au début de l'année 2010, le local servira à améliorer le confort du Cercle, un voisin en pleine croissance et de plus en plus à l'étroit pour ses ambitions. D'ici là, la salle de réception, dont la déco a été signé par Pierre Bouvier, d'Atlante
architecture+design, reste disponible pour des réservations de groupes, mais avec le Cercle comme traiteur.
Vers d'autres horizons
Quant au chef Stéphane Modat, il mijote déjà un autre projet, sans tristesse. Malgré la fermeture de son premier restaurant au Québec, ce chef français de 32 ans ne se voit pas comme un phénix qui renaîtra de ses cendres.
«Ce n'est pas une mort en soi. Je n'ai pas de deuil à faire. Tous les gens que j'ai rencontrés, tout ce que j'ai appris, tous les projets que j'ai réalisés, ce n'est pas perdu», a-t-il souligné.
Toujours en bons termes avec ses anciens partenaires d'affaires, il a choisi de se retirer. Il sentait que leurs intérêts communs divergeaient. Début 2010, il compte ouvrir un second restaurant, toujours à Québec. Contrairement à ses ex-collègues, il entrevoit encore beaucoup de potentiel dans la capitale pour son type de gastronomie.
«Québec devient une plaque tournante, notamment avec le Cirque du Soleil et le Moulin à images», a-t-il analysé. M. Modat affirme qu'il travaille à un concept encore plus novateur que l'Utopie, mais dont les détails ne seront dévoilés qu'en 2010. «Ce ne sera pas dans Saint-Roch, mais ce sera grandiose!» a-t-il conclu.











