Quand vient le moment de choisir où transférer une franchise sportive en difficulté ou en implanter une nouvelle, c'est la loi des affaires qui s'applique, rappelle le professeur de management sportif joint à Ann Arbour, au Michigan. Or à ce chapitre Québec ne part pas favorite.
Que Régis Labeaume soit sorti gonflé à bloc de sa rencontre avec Gary Bettman n'y change rien. Il est fort probable que les autorités de la LNH font miroiter la possibilité de transférer une franchise à Québec dans l'unique but d'ajouter de la pression sur les villes d'équipes américaines en péril pour qu'elles améliorent leurs installations, poursuit celui qui donnait jeudi une conférence à l'École de gestion John Molson, de l'Université Concordia.
Nous serions donc utilisés? «Assurément! Les ligues font ça depuis des années. Un des plus beaux exemples de ce phénomène est le cas de Tampa Bay, au baseball. Il y a plusieurs années, la ville avait fait bâtir un stade dans l'espoir d'attirer une équipe de l'expansion. Ça n'avait pas marché. Mais quatre propriétaires avaient menacé d'y déménager leur équipe s'ils n'obtenaient pas de nouvelles installations.»
Ultimement, ce sont les propriétaires qui décident. Pour obtenir une équipe, il ne suffit donc pas de séduire Gary Bettman, qui n'est élu que pour représenter les franchisés, continue l'auteur de six ouvrages sur l'économie du sport, dont International Sports Economics Comparisons et The Business of Professional Team Sports.
«La LNH, ce n'est pas Gary Bettman. Quand vient le moment de décider du meilleur endroit pour transférer une équipe, les propriétaires enlèvent leur premier chapeau pour mettre leur autre chapeau de dirigeants de la LNH. Et vous pouvez être assuré qu'ils feront en sorte que Bettman agira comme ils le voudront.»
Winnipeg avant Québec
L'équipe la plus susceptible de déménager à l'heure actuelle est les Coyotes de Phoenix, estime l'économiste. Les Panthers de la Floride et le Lightning de Tampa Bay pourraient aussi changer d'adresse, mais pas à court terme. «Toutes les villes susceptibles d'accueillir une équipe sont au Canada. La question pour les propriétaires est : où serait le meilleur endroit pour y placer une équipe?»
Hamilton serait un excellent marché, mais la ville est trop proche de Toronto et de Buffalo, qui n'accepteraient pas la venue d'un nouveau compétiteur. «On peut être presque sûr que ces deux villes apposeraient leur veto contre la venue d'une équipe à Hamilton.» La lutte se ferait donc entre Québec et Winnipeg. «Ce serait une décision difficile, mais Winnipeg sera l'endroit privilégié par la Ligue. Premièrement, à cause de sa position géographique, ensuite parce qu'elle a déjà son édifice.»
Rodney Fort avance que la LNH est très préoccupée par la nécessité d'accroître ses revenus de télédiffusion et que, dans ce contexte, le choix de Winnipeg serait le meilleur car aucun marché concurrent ne risquerait d'en souffrir. Et puis, quoi qu'on en pense, le Canadien de Montréal tentera d'empêcher le retour de la LNH à Québec, soutient-il. «Ils vont entretenir l'idée que la venue d'une équipe à Québec leur ferait du tort économiquement.»
«Dans le champ», dit Aubut
L'ex-propriétaire des Nordiques, Marcel Aubut, accorde peu de crédibilité aux propos de Rodney Fort, qui fait à son avis une mauvaise lecture de la situation. «C'est qui ce gars-là ? Il est dans le champ! La Ligue veut créer des rivalités naturelles. Les Québécois ont toujours été reconnus comme des amateurs latins, vibrants et extrêmement enthousiastes. C'est ça aussi qu'elle regarde, la LNH. Je ne dis pas que Winnipeg n'aura jamais une équipe, mais je dis que Québec a au moins autant de chances, sinon plus que Winnipeg.»
Marcel Aubut soutient également que M. Fort connaît sans doute très mal le dossier de Québec pour prétendre que la LNH ne le prend pas au sérieux. «Bettman n'aurait pas fait de politique avec le maire en ma présence, oubliez ça! Je connais tout le monde, tous les propriétaires, je suis l'avocat de la Ligue. Alors on n'arrive pas là comme des nouveaux à qui on peut faire miroiter de faux espoirs. Quand on nous dit qu'on est intéressé, c'est crédible.» Les succès plus que mitigés des franchises implantées dans le sud des États-Unis dans les années 1990 ont sans doute contribué à redéfinir les priorités des dirigeants de la LNH. Le marché québécois peut très bien absorber une deuxième équipe aux yeux de la LNH, ajoute M. Aubut. «Deux équipes au Québec, ça ne les dérange pas pantoute.»Â

















