En fin de semaine, les dirigeantes de l'Association des conjointes de militaires canadiens sillonneront les rues du secteur pour tenter de rallier leurs voisins. L'une des cofondatrices, Hélène Gagnon, habite elle-même le secteur depuis 2006 avec son mari et leurs quatre enfants et n'a pas du tout le goût d'aller vivre sur la base de Valcartier, comme lui propose le ministère de la Défense.
L'annonce est tombée au début du mois dans une lettre envoyée aux 92 familles vivant dans le petit quartier à l'ombre des centres commerciaux. Comme l'écrivait Le Soleil mardi, un haut gradé les informait du projet de raser d'ici 2013 les 140 logements érigés dans les années 50 pour faire place à un nouveau Manège militaire. Les familles y ayant élu domicile seraient pour leur part relogées sur la base où est déjà concentrée la majorité des résidences militaires. «Les deux milieux sont loin d'être comparables. Dans un cas, nous avons tous les services usuels d'une grande ville. Dans l'autre, la tranquillité relative de logements situés à proximité d'une garnison militaire», dit Mme?Gagnon.
La base étant située à une trentaine de kilomètres du centre-ville, la femme estime qu'y vivre la forcerait inévitablement à abandonner son travail et à rester à la maison. Elle calcule qu'il lui faudrait faire 1 heure 45 minutes d'autobus pour se rendre à son bureau grâce au seul circuit desservant la base.
Tout comme les 91 autres familles vivant présentement dans le quartier, elle et son mari disent avoir fait le choix de vivre à Sainte-Foy justement pour qu'elle puisse conserver un emploi. Et ce, même si les logements coûtent de 200 $ à 300 $ de plus chaque mois par rapport à ceux de la base.
Déçue de la décision du ministère de la Défense, Mme Gagnon espère maintenant créer un mouvement de solidarité. Et pas seulement à Sainte-Foy, mais aussi à travers le pays. «Les logements militaires à la grandeur du Canada, c'est un acquis pour les familles. C'est une sécurité de savoir que si on doit déménager à Shilo [Manitoba] demain matin, j'ai des logements à portée de la main, que je n'aurai pas à m'inquiéter de trouver à loger pour ma famille.»
Déménagement facile
Mme Gagnon reconnaît que sa famille pourrait s'acheter une maison plutôt que de vivre sur la base. Mais la possibilité de voir son conjoint affecté à une autre base du jour au lendemain complique les choses. «Nos maris peuvent être appelés à changer de base assez fréquemment. Les [résidences militaires] n'ont pas de bail. Si mon mari est envoyé à Gagetown, on donne un mois d'avis, on embarque nos affaires dans un camion et c'est fini. On n'a pas à se préoccuper de sous-louer notre appartement ou de vendre notre maison. Ça simplifie les choses», expose-t-elle.
La femme ne cache pas non plus que de vivre dans une résidence militaire a ses avantages. En quatre ans dans l'armée, son conjoint a été déployé à deux reprises en Afghanistan. «Quand la fournaise brise un mardi soir et que tu es seule, tu n'as qu'un numéro à composer et on s'occupe de tout», explique-t-elle.
Et même si certains logements affichent des signes évidents de vieillissement, Mme Gagnon assure que leur état est plutôt bon. Seule la dizaine de résidences situées sur le boulevard Hochelaga auraient besoin d'urgents travaux. Comme le révélait Le Soleil en mars, ce serait d'ailleurs ces résidences qui seraient isolées avec la vermiculite pouvant contenir de l'amiante.
Les familles d'abord
Les familles de soldats devraient être les premières consultées sur le projet du ministère de la Défense de raser le quartier de résidences militaires à Sainte-Foy, estime le député bloquiste Pascal-Pierre Paillé. Ce dernier déplore le silence des Forces canadiennes sur le projet d'ériger un nouveau Manège militaire près des centres commerciaux.
«Les 92 familles de militaires habitant ce secteur se sont vues confrontées à une telle décision sans aucune consultation et sans aucune indication. [...] Que les familles désapprouvent le projet ou pas, j'ose espérer qu'elles seront à tout le moins réellement consultées et que leurs avis seront pris en compte par le ministère de la Défense», a dit M. Paillé.Â





















