«Si une Ville se comporte mal - et visiblement, ç'a été le cas de Montréal -, on n'est pas obligé d'écoper pour tout le monde», a déploré le maire de Québec en commission parlementaire mardi matin. Il a invité la poignée de députés réunis pour étudier le projet de loi 76 à éviter le «mur à mur» à l'avenir.
«À l'avenir, j'ai envie de vous dire que s'il y a un problème à Montréal, faites donc des lois pour Montréal sans les étendre à tout le monde. Ça serait utile. Je pense que dans ce cas, comme c'est large et étendu, il faut le faire pour tout le monde. Je le comprends. Mais à un moment donné, on n'est pas obligé de payer pour les autres. [...] Le mur à mur, quand quelqu'un est pris en défaut, c'est achalant», a-t-il martelé.
Assouplissements
Affirmant que Québec a déjà fait beaucoup pour éviter la corruption et la collusion dans l'attribution des contrats, Régis Labeaume a estimé que le projet de loi risquait d'alourdir inutilement la tâche des administrations municipales. La Ville s'oppose principalement à l'obligation de publier dans Internet tous les contrats de plus de 25 000 $. «On est d'accord avec le principe. C'est juste qu'on trouve que quand vous donnez 1200 contrats par année, ça fait des milliers de soumissions. Ça commence à être lourd. Tout mettre ça sur Internet, ça va nous coûter quelques salaires et comme on est radin, on n'aime pas bien ça», a expliqué Régis Labeaume.
La décision du gouvernement de retirer aux entrepreneurs fautifs leurs licences de construction pourrait également avoir des effets néfastes, a dit craindre pour sa part le directeur général de Québec, Alain Marcoux. Rappelant le cartel de la neige et du béton ayant touché Québec et Sainte-Foy au début des années 90, il estime qu'une telle mesure pourrait mettre la Ville dans l'embarras.
«Dans le cas de la neige, ça touchait plusieurs entreprises. Je ne dirais pas toutes, mais presque toutes. Si les six grands entrepreneurs en déneigement devaient perdre leurs cartes, du jour au lendemain on devrait assurer en régie 100 % du déneigement plutôt que 50 %. On n'a pas les souffleurs ni les employés», a évoqué M. Marcoux.
Le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a toutefois répondu vouloir maintenir la ligne dure. «Si les mesures sont à ce point sévères, que tu risques de perdre ton gagne-pain, tu n'en feras pas de collusion. La période de la tape sur la main, c'est fini.»
De l'avis du maire Labeaume, le gouvernement doit surtout enrayer la perception populaire que tous les contrats de construction seraient artificiellement gonflés de 15 % à 35 % en raison de la collusion entre les entrepreneurs. «Je ne peux pas croire ça, mais le problème, c'est qu'on est dans le domaine des perceptions. Si les payeurs de taxes pensent ça, c'est un petit peu dramatique. Il faut leur enlever ça de leur esprit», estime M. Labeaume.
Après tout, la multiplication des allégations de collusion dans la métropole a éclaboussé tous les élus. «Il faut défendre nos réputations quand il arrive des choses comme ça à Montréal. Ça nous achale. Notre organisation est dévaluée», de dire le maire de Québec.











