«Ça me fait penser à une grande veillée canadienne. C'est la même chose que se préparer pour la famille, mais en plus gros», lance Suzie Rhéaume, cuisinière au Café rencontre. «En plus gros», c'est le cas de le dire. En deux tablées servies hier soir, plus de 300 démunis ont eu droit à un repas chaud digne des grands restos. Au menu : crème d'asperge, 12 dindes, 1400 boulettes de ragoût, pâté à la viande et mousse au chocolat.
Rencontrée en milieu d'après-midi hier, quelques heures avant l'arrivée des distingués invités, Suzie s'activait avec les cuisiniers Georges Galarneau et Serge Tremblay pendant qu'une joyeuse bande de bénévoles mettaient la touche finale à l'organisation. «Ça fourmille depuis 9h ce matin», explique Paschall Hardy. L'animateur socioculturel est devenu notre guide pour expliquer les coulisses de la préparation de la soirée de Noël au Café rencontre du centre-ville, une soupe populaire qui occupe l'immeuble du légendaire Baril d'huître, rue Saint-Joseph.
Après un détour par les cuisines, direction deuxième étage, où une dizaine de personnes préparent la salle. Des cadeaux sont empilés sur la scène où se produira un trio du Conservatoire de musique de Québec.
«Ici, c'est Noël à tous les jours depuis 23 ans», illustre Michel Godin, le dynamique directeur du Café rencontre, qui sert plus de 260 repas par jour, soit près de 900 000 depuis 1987.
N'empêche, ce 23 décembre représente «l'apothéose» pour l'organisme et ses invités. «C'est leur soirée. On va vraiment les catiner», explique M. Godin.
«La pauvreté, ce n'est pas juste monétaire, poursuit Paschall Hardy. Pour plusieurs, venir ici est une façon de briser l'isolement, de rencontrer des gens.»
À table!
Peu avant 17h, les invités sont tous assis dans la salle décorée. Le service aux tables est assuré par une quarantaine de membres de l'Église chrétienne communautaire Mosaïque et son jeune pasteur Christian Lachance.
Aux tables éclairées aux chandelles, des centaines d'invités, des hommes surtout, qui ont tous leur histoire. Claude Roy habite le quartier Lebourgneuf, mais il vient au centre-ville pour rencontrer des gens. «Je viens chaque année, ça met dans l'ambiance des Fêtes.»
Plus loin, Stéphane Kelly, 32 ans, mesure le chemin parcouru depuis qu'il est sorti de la rue où il a passé le début de sa vie d'adulte. Consommation d'héroïne, séjours en prison, liens brisés avec sa famille. «J'ai atteint le double fond du baril, illustre-t-il. Puis, j'ai été ?repêché? par les gens du Café rencontre. J'ai été touché, j'ai compris que des gens pouvaient m'aimer.» Aujourd'hui, Stéphane donne un coup de pouce comme bénévole et a commencé un DEP en cuisine. «C'est un miracle!» lance celui qui rêverait maintenant de travailler comme cuisinier au Café rencontre.
Pendant ce temps sur la scène, trois étudiants en musique jouent des airs féeriques à la flûte traversière, au violon et au violoncelle.
Il s'agit d'une première collaboration avec le Conservatoire de musique. Mais pas la dernière, si on en croit Michel Godin, qui souhaite faire plus de place aux concerts au Café rencontre. Une façon de divertir les plus démunis tout en les initiant à la beauté de la musique. «On veut donner la possibilité aux gens qui ne pourraient jamais se payer de billet de spectacle», explique Michel Godin, qui aimerait voir la salle du café devenir un «petit Palais Montcalm de la basse ville». Hier soir, la soupe populaire a en tout cas eu un malin plaisir à se prendre pour le Château Frontenac.










