Toute l'équipe gravite autour du bureau de Charles Veilleux et associés, des avocats qui consacrent pratiquement toutes leurs énergies à cette cause.
Grâce à des échanges de services avec des organisations comme le Québec Chronicle-Telegraph, CEDEC (Community Economic Development and Employability Committee), et Vision Enfance-Famille, ils ont trouvé de l'espace où loger le centre d'appel, un centre de numérisation, les recherchistes, etc. On retrouve des membres de cette équipe à peu près à chaque détour des corridors.
Pour préparer une cause de cette ampleur, il a fallu étirer les heures de bureau jusque tard en soirée. Il y a des centaines d'entrevues téléphoniques à réaliser avec les personnes qui veulent adhérer au Regroupement des citoyens, des dizaines de milliers de pages de dossiers à dénicher, puis à classer, puis à numériser. «Nous sommes les premiers à procéder de cette façon», explique Me Veilleux. Son équipe a en effet choisi de mettre sur pied cette vaste banque de données avant même le début du procès.
Certains documents montrent que des rejets contaminaient le sol et l'eau de Shannon depuis les années 50, mais ce n'est qu'en 2001 qu'on a jugé nécessaire d'alerter la population, après qu'on eut découvert que des puits de citoyens étaient contaminés par le tricholoréthylène (TCE).
Mesurer la menace
Même si le problème n'était pas pris à la légère, on n'avait pas encore mesuré réellement la menace qui pesait depuis longtemps sur cette petite localité, à cheval sur la rivière Jacques-Cartier, là où les Laurentides s'estompent dans la vallée du Saint-Laurent.
Lorsqu'on a commencé à étudier la situation, on s'est rendu compte que le problème pouvait avoir des racines profondes, raconte Me Veilleux, qui agissait depuis une trentaine d'années comme avocat pour la municipalité.
«Au départ, on avait demandé à une infirmière de faire enquête auprès d'une trentaine de familles. Elle nous a dit que les gens étaient beaucoup plus affectés qu'on le croyait, et qu'il y avait des décès. J'ai alors commencé à soupçonner que la contamination était beaucoup plus avancée que je l'avais d'abord cru.»
Lui-même connaissait personnellement des citoyens qui souffraient, ou se mouraient, du cancer. Le Dr Claude Juneau, médecin retraité de Shannon, lui a aussi fait état d'une quantité troublante de problèmes de santé.
Avant 2001, rien ne laissait croire que cet avocat prendrait la lourde responsabilité de défendre la cause de milliers de citoyens. Me Veilleux défendait les intérêts de Shannon devant les tribunaux, des causes souvent techniques où il excellait. «Je n'ai jamais perdu une cause en 30 ans pour eux», observe-t-il. Il a acquis une solide connaissance du domaine municipal, notamment des dossiers relatifs à la qualité de l'eau, ainsi qu'une connaissance intime du milieu de Shannon.
«Ça m'avait interpellé, dit-il à propos de la contamination. Quand les citoyens m'ont approché pour les représenter, j'ai décidé d'embarquer, mais je ne pensais jamais que ça m'obligerait à y consacrer tout mon temps.»
Il n'a pas tout de suite réalisé dans quoi il s'embarquait. Il ne s'attendait pas à ce qu'un si grand nombre de personnes se joindraient au recours collectif. Mais surtout, il ne pensait pas devoir quitter le bureau où il pratiquait le droit depuis 40 ans, et dont il était un des fondateurs.
C'est pourtant ce qu'il a fait l'année dernière. Il est reparti de zéro en créant son propre bureau, Charles Veilleux et associés. «On s'apprête à fêter notre premier anniversaire, dit-il avec fierté. On est entrés ici à la fin de décembre 2008. Il n'y avait rien alors. Pendant les Fêtes de 2008, tout le monde a travaillé pour aménager les cloisons, organiser les bureaux.»












