Jeudi matin, l'artiste Jean-Robert Drouillard apprenait que sa sculpture d'adolescent à tête de renard jouant au baseball n'avait pas été retenue pour orner un parc de Vanier. Et ce, même si son oeuvre inspirée d'une fable de La Fontaine a pourtant remporté la faveur du jury mis sur pied pour trancher la question.
Membre du comité exécutif, le conseiller de Vanier, Richard Côté, assure qu'il s'agit d'un simple imbroglio. Oui, l'administration Labeaume a préféré commander une autre sculpture, pourtant arrivée deuxième dans le concours d'art pour le parc Louis-Latulippe. Mais non, M. Drouillard ne sort pas perdant puisque son renard sera également acheté. Il sera simplement installé ailleurs.
Richard Côté explique que la sculpture d'une cloche finalement retenue cadre mieux dans le parc voisin du Centre d'art La Chapelle. Selon lui, elle viendra rappeler la lutte citoyenne pour préserver cet ancien lieu de culte. D'où la décision de préférer cette oeuvre à celle de Drouillard. Mais disant avoir trouvé le renard «sympathique», le conseiller a proposé de le commander tout de même pour le disposer dans un autre parc, près de jeux d'eau.
En fait, même l'oeuvre arrivée troisième au concours d'art sera acquise par la Ville, ajoute M. Côté. Cette sculpture en forme de banc cadre parfaitement dans la lignée de celles achetées ces dernières années et disposées notamment le long de la rivière Saint-Charles.
Réparer les pots cassés
Membre du jury, Jean-Pierre Bourgault y voit une tentative pour réparer les pots cassés. Selon lui, l'intrusion de l'administration Labeaume dans le choix de l'oeuvre a fait perdre toute crédibilité aux concours d'art de Québec. «C'est une claque sur la gueule des jurys. Je n'irai plus jamais sur un tel jury. Le message qu'on envoie, c'est qu'on n'a pas besoin de comité de sélection de spécialistes, il faut juste aller au comité exécutif», s'indigne l'artiste, lui-même habitué aux controverses artistiques. Une oeuvre de ce dernier avait été vertement critiquée après son installation sur la promenade Samuel-De Champlain peu avant le 400e.
Cette controverse - ou imbroglio, selon le point de vue -, survient alors que l'administration Labeaume souhaite pourtant faire appel à l'art public pour distinguer la capitale. Le maire a maintes fois répété qu'il souhaite désormais voir des oeuvres à la base des nouvelles constructions.
Or, Jean-Robert Drouillard se dit maintenant inquiet de voir l'administration remettre en question les décisions des jurys.
«À Québec, on a un maire qui dit que la ville va devenir "wow", "pow", super-extraordinaire, flyée et qu'il va y avoir de l'art public comme à Chicago. Mais là, ce que les élus disent maintenant, c'est que c'est eux qui vont décréter ce qui est bon, ce qui est mauvais. On ne peut pas dire : "Non, Robert Lepage, tu ne feras pas ça".»
Richard Côté dit comprendre l'indignation du sculpteur. Si les refus sont rares, c'est la deuxième fois que l'artiste voit l'une de ses oeuvres refusées par la Ville. L'an dernier, Jean-Robert Drouillard avait également remporté un premier concours d'art lancé pour trouver une oeuvre pour le parc Louis-Latulippe. Un fonctionnaire à la direction générale avait dit non à sa sculpture d'un homme en camisole blanche coiffé d'un bonnet de lapin, la jugeant inappropriée pour Vanier.























