Le conseiller indépendant Yvon Bussières s'est fait expulser par le président du conseil, Jean-Marie Laliberté au terme d'une dispute au sujet d'une seconde question qu'il voulait poser au maire.
Le Soleil, Patrice Laroche
L'altercation a éclaté un peu avant 19h lundi soir quand le conseiller a tenté de poser une deuxième question au maire Régis Labeaume sur son projet de vendre les tableaux achetés par l'ancienne mairesse Andrée Boucher. M. Laliberté, qui dirige les échanges entre les élus depuis novembre, a toutefois refusé de lui redonner la parole. Ce qui a mis le feu aux poudres.
M. Bussières, qui présidait le conseil jusqu'à la dernière élection, s'est senti insulté par une remarque de son successeur. «De me faire insulter, dire : "Je préside comme dans votre temps"... J'ai jamais présidé comme ça en 12 ans. Ce n'est pas vrai.»
Le ton a rapidement monté pour aboutir moins d'une minute plus tard à l'expulsion de l'indépendant. «M. Bussières, je vous demande de quitter la salle. Mesdames, veuillez faire votre travail. Escortez M. Bussières, s'il vous plaît», a tranché M. Laliberté en faisant tinter sa cloche.
À noter, les deux policières n'ont pas eu à forcer la main au conseiller, qui a accepté de rassembler ses affaires et de quitter la salle, non sans faire entendre son mécontentement. «Monsieur le président, vous n'êtes pas digne!» a-t-il crié avant de sortir en trombe.
Une fois à l'extérieur, M. Bussières fulminait contre l'administration Labeaume. «On est bâillonnés, a-t-il déploré. Il ne gère pas le temps de façon équitable.» L'élu estime que son droit de parole et celui de sa collègue Anne Guérette sont fréquemment bafoués.
«Est-ce que j'ai battu quelqu'un?»
L'élu de Saint-Sacrement-Belvédère prend particulièrement mal la demande faite aux policières pour l'escorter à l'extérieur de la salle. «Est-ce que j'ai fait un désordre public? Est-ce que j'ai battu quelqu'un?» En 12 ans comme président, M. Bussières dit avoir lui-même expulsé un seul conseiller, Gérald Poirier. L'élu, qui siège toujours à l'hôtel de ville, avait alors traité une de ses vis-à-vis de «tripoteuse».
Plus tard en soirée, le maire Labeaume a défendu l'expulsion du conseiller indépendant. «M. Bussières se comporte mal. On le pense tous. Le problème de M. Bussières, c'est qu'il s'est beaucoup référé dans le passé à sa religion, à sa foi, mais il est mesquin au conseil. Son problème aussi, c'est qu'il a été président et il n'accepte pas qu'il y en ait un autre, il est toujours en train de contester. Il doit mieux se comporter.»
Depuis plusieurs mois, la tension est forte entre Yvon Bussières et son successeur, Jean-Marie Laliberté. Ce dernier refuse d'accorder aux deux seuls indépendants à l'hôtel de ville un droit de parole prioritaire en début de séance, estimant que ce privilège revient seulement au chef de l'opposition. Or, comme les deux élus ne sont membres d'aucun parti, ceux-ci ne peuvent revendiquer ce statut.
En point de presse, le maire a estimé que «comme conseillers indépendants, ils ont amplement de temps. Beaucoup plus que d'autres».
À noter, M. Laliberté était nettement plus conciliant sur le droit de parole des membres de son parti lundi soir. En ouverture de séance, le maire a ainsi pu prolonger sa traditionnelle allocution pendant tout près de 21 minutes. Le conseiller Sylvain Légaré, pour sa part, a eu droit à une intervention de plus de sept minutes, alors que son droit de parole était limité à trois minutes.
Plus tard en soirée, la conseillère de Cap-Rouge, Denise Tremblay-Blanchette, a ainsi pu présenter coup sur coup trois motions de félicitations. Quand celle-ci s'est excusée pour le temps de son intervention, M. Laliberté s'est montré conciliant. «Il n'y a pas de problème, je ne suis pas payé à l'heure.»
Retranscription de l'altercation
Jean-Marie Laliberté J'ai maintenant Mme Guérette sur un autre sujet.
Yvon Bussières Mon trois minutes n'est pas terminé.
JML Oui, vous avez pris votre trois minutes, je l'ai marqué. La prochaine fois, vous emmènerez votre chronomètre, votre horloge. Il n'y a pas trois présidents, il y en a un, M. Bussières.
YB On le connaît, le président.
JML Il a appris sur l'ancien. (Fous rires dans la salle)
YB Question de privilège!
JML Je vous demande de vous asseoir.
YB Question de privilège!
JML M. Bussières, assoyez-vous!
YB C'est une question de privilège!
JML Deuxième fois, M. Bussières!
YB Question de privilège!
JML Je vous demande de quitter la salle.
YB Vous ne m'enlèverez pas mon droit de parole. Vous m'avez insulté, Monsieur le président.
JML Je suspends la séance. M. Bussières, je vous demande de quitter la salle. Mesdames, veuillez faire votre travail. Escortez M. Bussières s'il vous plaît.
YB Je suis un élu, j'ai le droit de prendre les décisions ce soir.
JML Je vous demande de quitter la salle.
YB Monsieur le président, vous n'êtes pas digne.













