À vélo dans le trafic de Québec: ça joue dur

Samuel Auger

Samuel Auger
Le Soleil

(Québec) Une image vaut mille mots. La Ville s'apprête à soumettre un projet de piste cyclable audacieux au centre-ville, la cohabitation vélo-auto défraie les manchettes après une série d'accidents tragiques... Mais au-delà des débats, rien ne bat une balade dans la jungle urbaine... une caméra sur le casque! Récit d'un parcours hasardeux et révélateur.

Le parcours est bien connu de l'auteur de ces lignes. Le bitume de la capitale n'a plus tellement de secret pour mon vélo, qui a parcouru des milliers de kilomètres sur les boulevards et les grands axes routiers de Québec. Pourquoi y retourner? Pour immortaliser en vidéo ce qui ressemble parfois à un modeste parcours du combattant. Les feux rouges non respectés, les priorités bafouées, les mastodontes de la route qui frôlent le maillot du travailleur à vélo... et les cyclistes dans l'erreur prenant les trottoirs comme terrain de jeu. Cette réalité de milliers d'usagers de la route a été captée sur le vif, mardi matin, en pleine heure de pointe. Dans le coeur de l'action.

Les règles du jeu? Fuir comme la peste les pistes cyclables. On se met dans la peau du travailleur, du cycliste utilitaire. Les grandes artères sont favorisées : boulevard René-Lévesque, chemin Sainte-Foy, boulevard Laurier, boulevard Charest.

Pas question non plus de provoquer qui que ce soit sur le pavé. Le Code de la route est scrupuleusement respecté. Arrêt complet aux intersections, signalisation de notre présence. La discipline sur deux roues doit être irréprochable. La caméra vidéo est bien fixée sur le haut du casque, captant les moindres détails de l'aventure.

Au milieu des autobus

Le départ est donné non loin de la colline parlementaire; direction boulevard René-Lévesque. La Ville songe à y implanter une piste cyclable en plein centre de la voie. Mais en attendant cet aménagement, force est d'admettre que le vélomane doit se sentir à l'aise au milieu des autobus du Réseau de transport de la Capitale. Il n'y a qu'un seul endroit sécuritaire pour rouler ici : directement dans les voies réservées aux autobus. Les chauffeurs se montrent plutôt conciliants envers les cyclistes et respectent la plupart du temps un dégagement sécuritaire. Mais le constat est clair : on roule ici au royaume des autobus aux heures d'affluence. À gauche, à droite, devant et derrière, le vélo est littéralement encerclé par les autobus. Avis aux coeurs sensibles.

Plus près de l'avenue Cartier, la circulation se densifie. Les voitures tournent allègrement aux coins des rues, et les autobus tentent tant bien que mal de se faire un chemin dans leurs voies «réservées», où des dizaines de voitures sont stationnées. La place du vélo? Quelque part entre un Métrobus et une porte d'auto que l'on soupçonne pouvoir s'ouvrir à tout moment.

Premier choc

Arrive alors le premier choc. Une voiture en sens inverse accélère et tente un virage inespéré dans une rue résidentielle. Ma course est maintenue, en ligne droite, en conformité avec le Code de la route qui stipule qu'un vélo a priorité sur une voiture souhaitant tourner. L'auto poursuit son accélération. Elle s'engage. Traverse la ligne centrale. Empiète sur l'autre voie. Je maintiens ma cadence. Et voilà le déclic. L'automobiliste réalise son erreur... ou constate que je ne céderai pas. La voiture freine violemment, à quelques centimètres de ma monture, en plein milieu de la voie inverse. L'accident est évité de peu. Le casque a tout enregistré...

Une malchance? À vous de juger. Mais sachez que l'incident s'est reproduit quelques minutes plus tard. Derrière les centres commerciaux de Sainte-Foy, le boulevard Hochelaga offre une courte bande cyclable. Le vélo est bien engagé et conserve une ligne bien droite vers l'Université Laval. Au loin, très à gauche, une voiture tente alors deux changements de voie rapides, à quelques mètres d'une intersection. Et la voilà qui tente subitement un virage à droite... à l'instant exact où je traverse l'intersection en ligne droite, sur un feu vert. Le capot rate de peu mon guidon... Un autre accrochage évité de justesse.

À qui le tort? Dans cette boucle d'environ 25 kilomètres, automobilistes comme cyclistes ont violé la loi du pavé. Quand un camion-remorque dépasse un vélo de façon dangereuse au milieu d'une rue étroite, il peut aussi bien y avoir des cyclistes roulant à contresens, sur le trottoir. Et eux aussi ont été croqués sur le vif.

Les adeptes du vélo utilitaire en ville tout comme les automobilistes se reconnaîtront peut-être dans ce parcours. Pour les autres - ou ceux que l'asphalte encombré effraie au plus point -, le résultat de l'expérience se trouve sur le site Internet du Soleil, sous forme de capsules. Un bref aperçu de la jungle urbaine. De l'oeil d'un cycliste.

La suite du reportage vidéo

Qu'en pensez-vous?

Selon vous, qui sont les plus délinquants: cyclistes ou automobilistes? Réagissez à l'expérience du Soleil en écrivant à opinion@lesoleil.com.

 

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