Même en se mettant à quatre journalistes, Le Soleil ne réussira pas à faire dire à Régis Labeaume que oui, bien sûr, Québec sera candidate aux Jeux olympiques de 2022. «Ce n'est pas le temps, il faut parler quand c'est le temps», répète le maire, en souriant.
Tout dans le discours, dans les mimiques, dans les éclats de rire de Régis Labeaume montre que son idée à lui est faite. Et que ce sera une déception cruelle si les gouvernements supérieurs n'embarquent pas dans l'aventure. «On va livrer la bâtisse», dit-il, en détachant chaque syllabe. «C'est là, là. Parlez-moi en plus si on n'a pas la réponse au 31 décembre! Vous vous trouverez un autre maire pour le faire dans 20 ans. Moi, c'est maintenant.»
Régis Labeaume se voit déjà prendre un vol Québec-New York pour aller rencontrer Gary Bettman dans son bureau sur Avenue of the Americas. Il n'a que trop hâte de lui faire le bilan de ses réalisations, un an après leur première rencontre.
Et en sortant, il passera un coup de fil à Hein Verbruggen, ex-membre du CIO et grand patron de SportAccord, le regroupement des fédérations sportives. «Je pourrai lui dire : "Hey, en passant, on est candidat!"»
Régis Labeaume sait déjà qui il verrait pour diriger une troisième candidature olympique de Québec. Mais il ne le dira pas encore publiquement. «Ce serait un coup chien à lui faire!» rigole-t-il.
ExpoCité a tout pour faire un magnifique coeur olympique, s'emballe le maire. Dans l'actuel Colisée, le patinage artistique et le patinage de vitesse courte piste. Au Pavillon de la jeunesse, le curling. Les milliers de journalistes auront leur centre de presse au Centre de foires. Bien sûr, un amphithéâtre pour le hockey, qui aurait gardé la vieille façade de l'hippodrome, «parce qu'elle est belle et qu'elle veut dire quelque chose», dit le maire. Et un anneau de glace couvert pour le patinage de vitesse longue piste. Avec des scènes en plein air pour des musiciens et un tramway qui passe au milieu du site.
«On peut avoir tous les sports de glace en marchant, en ayant une ambiance incroyable, s'enflamme Régis Labeaume. Ici, on fait tout le coeur des Olympiques en marchant. Lac-Beauport est pas loin, les Plaines sont pas loin, le Mont-Sainte-Anne et le Massif sont pas loin. On peut faire une proposition de site olympique comme ils n'ont jamais vu ça, concentré au centre-ville.»
Régis Labeaume a imaginé une cérémonie d'ouverture qui se déplacerait d'un stade à l'autre : un morceau au Colisée, un autre au Pavillon de la jeunesse, au nouvel amphithéâtre et dehors aussi, pourquoi pas. «Pas obligé d'avoir un stade de 40 000 à 60 000 personnes, dit-il. Tu mets le Cirque du Soleil et Robert Lepage là-dedans, et les gens n'en reviendraient pas!»
Le maire convient que, comme pour les candidatures précédentes, les plaines d'Abraham seraient probablement retenues comme grand lieu de rassemblement.
Oui, le lendemain de veille sera pénible si le rêve se dégonfle, admet le maire. Mais jamais autant qu'après les deux premiers échecs olympiques.
«Le principe là-dedans, c'est qu'on ne veut pas revivre les déceptions qu'on a déjà vécues, rappelle-t-il. Si on s'inscrit pour les Olympiques de 2022 et que ça ne marche pas, mais qu'il y a de bâti un amphithéâtre avec un club de hockey professionnel, ça va amortir beaucoup la déception. On ne veut plus tomber avec rien dans les mains et ça n'arrivera pas.»





















