Signe de renouveau dans le quartier St-Sauveur

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Dung Le a complètement retapé un bâtiment défraîchi... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Dung Le a complètement retapé un bâtiment défraîchi pour le remettre au goût du jour et y faire naître le bar branché Red Lounge. Un des signes d'un vent de renouveau dans Saint-Sauveur.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Marie-Josée Nantel
Le Soleil

(Québec) Au milieu des tavernes de Saint-Sauveur, le bar Red Lounge détonne avec ses bancs de cuir rouge et ses bières de microbrasserie. Mais aussi audacieuse qu'elle soit, sa présence pourrait bien constituer l'un des premiers signes tangibles du renouveau de ce quartier populaire.

«Quand j'ai ouvert en novembre 2009, plusieurs personnes m'ont demandé si j'étais tombé sur la tête. Mais ce n'est pas parce qu'on est dans Saint-Sauveur qu'on n'a pas le droit d'avoir un beau lounge, se défend Dung Le, le propriétaire, à l'occasion de la fête du quartier Saint-Sauveur, qui se déroulait samedi dans la rue Saint-Vallier.

Grâce au programme de rénovation du Regroupement des gens d'affaires du quartier Saint-Sauveur, M. Le a transformé «l'une des 10 bâtisses les plus laites de Québec» en un lieu local branché.

«J'ai voulu sortir du créneau des grosses bières. Ceux qui sortent dans les restos aujourd'hui, ce sont des jeunes professionnels qui cherchent une ambiance. Il y en a de plus en plus ici et ils ne veulent pas prendre leur voiture quand ils ont pris de l'alcool. On attire une autre clientèle, des jeunes qui dépensent», a-t-il confié au Soleil.

Très optimiste, M. Le croit que son commerce aura un effet d'entraînement. «On doit être en avant de la parade. Plus il y aura de beaux commerces, plus ce sera bon pour tout le monde dans le quartier», lance-t-il.

Pas d'embourgeoisement

Philippe Cabirol, copropriétaire du service de traiteur Papilles et Poêlon, croit aussi qu'il faut de beaux bars et restos dans le quartier, mais il ne veut pas d'un embourgeoisement comme dans Saint-Roch.

«Une concentration de luxe comme sur la rue du Parvis, ça n'a pas sa place ici», mentionne celui qui paie à peine 1 $ le pied carré pour louer son local et qui sert essentiellement une clientèle de travailleurs.

Marc Gagnon, président du Regroupement des gens d'affaires du quartier Saint-Sauveur et propriétaire de la bijouterie Serge Gagnon, affirme aussi que Saint-Sauveur ne sera jamais le futur Saint-Roch, mais il croit au renouveau.

«On le sent. Il y a beaucoup de potentiel, commercial et humain, et Dung en est un très bon exemple. Il y a aussi beaucoup d'espaces à bureaux de disponibles», souligne-t-il, même s'il admet qu'il manque encore plusieurs commerces, comme des boutiques de vêtements, une boulangerie, des restos, etc.

Selon lui, le quartier jouit aussi d'un excellent emplacement. «Non seulement nous sommes la porte d'entrée de Québec, mais nous sommes le point central de la ville avec les boulevards Laurentien et Charest.»

Toutefois, M. Gagnon est conscient qu'il existe à Saint-Sauveur une classe défavorisée que le développement ne doit pas éloigner. «Il y a de grands besoins, mais il y a aussi beaucoup de solidarité. Oui, on est là pour faire de la business, mais pour faire travailler les gens du quartier et pour améliorer l'image qui n'a pas toujours été très bonne», soulève-t-il.

Imane Touami, chargée de projet de l'Approche territoriale intégrée, qui contribue à l'amélioration de la qualité de vie des citoyens et des citoyennes du quartier, rappelle aussi la réalité de Saint-Sauveur.

«Ça s'améliore, mais il ne faut pas faire l'autruche. Il y a encore des problèmes comme un manque de logements [HLM], de la prostitution, des immeubles délabrés», cite-t-elle en exemple.

Saint-Sauveur, un marché d'investisseurs

Martin Laverdière réside dans Saint-Sauveur depuis toujours. Ses deux filles de neuf et six ans représentent la cinquième génération de la famille à habiter dans le quartier. Il y a quelques années, il a profité d'un programme de subventions de la Ville pour rénover le duplex familial. Aujourd'hui, il s'estime chanceux.

«Les maisons sont surévaluées depuis que la Ville a augmenté les taxes, estime-t-il. Certaines maisons coûtent de quatre à cinq fois plus cher aujourd'hui qu'il y a 10 ans», critique ce résidant.

En effet, selon Jean-François Dallaire, agent immobilier du bureau RE/MAX dans Limoilou, le prix des maisons dans le quartier Saint-Sauveur a plus que doublé en 10 ans. Un duplex qui se vendait alors 85 000 $ peut se vendre désormais à 200 000 $.

«Les gens paient de 30 000 à 50 000 de plus, mais ce sera rentable d'ici 7 à 10 ans», évalue M. Dallaire.

Par ailleurs, si la prise de valeur des immeubles du Nouvo Saint-Roch est terminée, celle de Saint-Sauveur commence à peine, selon lui. «Il y a un engouement. De 75 à 80 % des acheteurs sont des investisseurs, précise M. Dallaire. Les proprios le savent et commencent à tester le marché. Une maison ne reste pas plus de trois semaines en vente. C'est le prochain pôle de développement de la ville», prédit l'agent.


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