«En colère» contre la compagnie, les employés de l'usine Stadacona protesteront pacifiquement à la sortie du travail, manifestation à laquelle se joindront d'anciens ouvriers à la retraite. «C'est pour dire qu'on ne s'en va pas la joie dans le coeur», a partagé Daniel Larouche, représentant syndical.
Criblée de dettes, l'entreprise, qui exploite également des installations à Gatineau (Papier Masson) et à Rivière-du-Loup (F.F. Soucy), est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers depuis presque deux ans. Black Diamond, un acheteur potentiel, offre 150 millions $ pour acquérir la papetière, mais demande la fin du régime de retraite des employés, ce à quoi le syndicat s'oppose fortement.
La «fermeture temporaire» de l'usine Stadacona a été annoncée il y a trois semaines par le président de la compagnie, Christopher Brant, évoquant des raisons économiques.
Selon le syndicat, il s'agirait plutôt d'un «lock-out déguisé» pour faire plier les travailleurs dans les négociations. Or, les droits de grève et de lock-out sont normalement suspendus en situation de faillite, ce qui pousse le syndicat à croire au statut illégal de la fermeture de l'usine.
L'affaire est présentement devant la Cour supérieure et les travailleurs sont toujours dans l'attente du jugement. «Si le juge Robert Mongeon décrète que c'est effectivement un lock-out, nous allons réclamer notre droit de grève pour négocier d'égal à égal avec l'employeur», a expliqué M. Larouche, du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ).
Les employés, pour la plupart des hommes d'une cinquantaine d'années, se retrouvent sans salaire à quelques jours de Noël et n'ont aucune idée s'ils vont remettre ou non les pieds dans l'usine sous peu. Mercredi, une assemblée syndicale avait été organisée afin d'informer les travailleurs à propos de leurs droits quant à l'assurance emploi. «Fermer une usine de même à 15 jours de Noël, c'est 600 travailleurs, 600 familles, ça touche beaucoup plus de personnes que le monde peut penser», avait alors mentionné au Soleil Patrick Greer, qui cumule 27 ans de service au sein de l'industrie.
Dernière papetière
L'usine Stadacona était la dernière papetière à être en activité dans la grande région de Québec, après qu'AbitibiBowater eut fermé ses installations de Donnacona et de Beaupré en 2008 et en 2009. Ces deux établissements avaient d'abord fermé temporairement pour ne jamais rouvrir.
Selon les derniers chiffres de Papiers White Birch, l'usine de Québec produisait annuellement 410 000 tonnes de papier journal, 95 000 tonnes de papier annuaire et 45 000 tonnes de carton. Les machines fonctionnaient 24 heures sur 24, 365 jours par année. Avec un total de 1 000 employés à travers la province, Québec regroupait la majeure partie des activités de l'entreprise. Pour le moment, aucun arrêt de travail n'est prévu pour Gatineau et Rivière-du-Loup.
Le Soleil a tenté de joindre la direction de Papiers White Birch, mais les efforts ont été vains.
Du côté politique, la députée de Taschereau Agnès Maltais accuse le gouvernement de ne pas avoir agi à temps pour éviter la fermeture de l'usine.
Le maire Régis Labeaume, à qui les travailleurs ont fait appel pour faire pression sur la compagnie, s'en est remis au ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sam Hamad.