Une source du mouvement nationaliste a joint Le Soleil samedi, affirmant que le concert néonazi annoncé depuis quelques semaines via Facebook et la création d'une section du mouvement raciste Blood and Honour dans la capitale seraient en fait un canular. «Je vous confirme que c'est un canular, qu'il n'y aura pas de spectacle et pas de Blood and Honour Québec», a expliqué une source bien informée au sein du mouvement nationaliste dans la ville de Québec qui préfère taire son identité et se présenter sous le surnom de «Borat».
Samedi soir, le blogue antiraciste www.fachowatch.com maintenait toutefois que le concert aurait bel et bien lieu et qu'un point de rencontre avait même été donné. «Pour le concert, tout semble indiquer qu'il est réel et il y a plusieurs néonazis dont les interventions sur Facebook confirment que le concert va avoir lieu», prétend pour sa part notre source de www.fachowatch.com.
La police de Québec affirmait samedi soir ne pas avoir pris l'événement à la légère, mais ne pas avoir réussi à connaître le lieu du concert et n'avoir rien trouvé de concret à ce sujet. «Nous privilégions donc la thèse du canular ou celle d'une histoire pour faire peur au monde», a commenté le policier joint par Le Soleil.
Il faut dire que la plupart des concerts de groupes néonazis partout dans le monde sont généralement tenus en secret et que leurs organisateurs préfèrent rester loin des projecteurs, la propagande haineuse étant une infraction criminelle au Canada. Ces prestations sont aussi parfois annulées, reportées à une autre date ou à un autre endroit pour éviter les feux de la rampe à ces événements souvent surveillés par la police et les militants antiracistes.
L'enquête
Le Soleil enquête depuis plusieurs mois sur les groupuscules suprémacistes blancs et néonazis au Québec. Le travail de recherche a été fait de façon rigoureuse avec plusieurs recherches sur Internet et à la suite d'entrevues réalisées avec plusieurs sources des mouvements antiracistes qui préféraient, pour leur sécurité, garder l'anonymat. Des mouvements d'extrême droite et nationalistes ont également été joints, mais aucun de ceux basés à Québec n'a répondu aux demandes d'entrevue.
Quelques sources des milieux antiracistes avaient fait part au Soleil au cours des derniers jours de la possible tenue d'un spectacle néonazi à Québec. Cette information, dont la police de Québec avait dit être au courant, avait également été publiée sur le site www.fachowatch.com, mais il avait été impossible de la vérifier auprès des mouvements néonazis concernés.
Intimidation?
Samedi, une personne a tenté de faire pression sur l'auteur de ces lignes en suggérant qu'il était lui-même associé à des groupes skinheads, communistes et violents, des informations qui sont complètement fausses et non fondées qu'il menaçait de transmettre à d'autres médias. Peu de temps avant que la page Facebook annonçant le faux/vrai spectacle néonazi à Québec ne soit effacée samedi, des gens y ont aussi publié l'adresse personnelle et le numéro de téléphone d'un résidant de Québec, prétendant qu'il était lui aussi le créateur du site www.fachowatch.com, une information que le blogue en question et le principal intéressé ont niée.
Divers corps de police et des groupes antiracistes joints par Le Soleil affirment que les groupuscules néonazis, suprémacistes blancs et à tendance fascisante existent bel et bien au Québec et à Québec.
«Borat» a toutefois tenu à donner son point de vue sur la situation qui existe présentement dans la capitale, où Le Soleil rapportait samedi la présence d'un groupuscule néonazi, le Sainte-Foy Krew, d'un groupe musical, Dernier Guerrier, dont le site Web présente des paroles ouver-tement racistes et antisémites, et d'un ex-administrateur du Parti indépendantiste dans Louis-Hébert photographié sur Facebook avec des symboles néonazis et des membres du groupe Dernier Guerrier.
«Ces groupes néonazis ont pour la plupart débuté à la fin des années 90, mais leurs membres sont aujourd'hui plus vieux, ils ont une famille et ils ne sont pas dangereux. Ils ne vont pas attaquer les gens», a-t-il conclu.