L'historien Jacques Lacoursière a toujours aimé les livres. «Jeune, je lisais deux à trois livres par jour durant les vacances. Au collège, je lisais tout le temps, tellement qu'on m'a interdit la bibliothèque. Le seul livre auquel j'avais droit, c'est le dictionnaire... alors je l'ai lu d'un couvert à l'autre!» Un livre, c'est aussi son odeur. «La senteur du livre imprimé, c'est important pour moi. Je suis fils d'imprimeur. Alors j'aime l'odeur du papier.» Jacques Lacoursière, né en 1932 à Shawinigan, a rêvé de devenir romancier, poète, encyclopédiste. Il a déjà voulu écrire un dictionnaire des citations. «Je retranscrivais les belles phrases que je retrouvais au cours de mes lectures. J'en avais des caisses!»
Historien il est devenu. Grâce à Denis Vaugeois, qui a été son professeur à l'école normale de Trois-Rivières, il y a près de 50 ans. La collaboration entre les deux hommes se poursuit encore aujourd'hui.
En cette année des 400 ans de Québec, Jacques Lacoursière a reçu deux doctorat honorifiques, l'un décerné par l'Université de Moncton, l'autre par l'Université du Québec à Montréal (UQAM) en septembre dernier.
C'est à cause de ce dernier honneur que Jacques Lacoursière est notre lauréat cette semaine.
Il nous ouvre la porte de sa maison de Beauport en toute simplicité, nous emmène dans son «bureau» au sous-sol : trois pièces débordantes de livres, de classeurs, de journaux. Il retrouve toujours ce qu'il cherche, assure-t-il.
Jacques Lacoursière est historien populaire. Ce qui l'intéresse, c'est le quotidien des gens. «Je suis comme un journaliste du passé.» C'est que les détails ont leur importance, ils illustrent toujours un fait.
La manifestation du 22 novembre à Montréal qui a suivi la pendaison de Louis Riel a eu lieu par un temps froid et pluvieux. «Cinquante mille personnes par ce temps sur la place Champ-de-Mars, c'est plus important que si la manifestation s'était déroulée en juillet.» La force des détails. «Chaque seconde enrichit l'histoire», insiste-t-il.
C'est avec les détails qu'il réussit à intéresser les jeunes.
«Tu es un Prévost? Ton ancêtre s'appelle Martin, il était marié avec une sauvagesse. Langlois? Ton ancêtre est arrivé au pays en 1703...
«Ces jeunes de secondaire lV se sont sentis insérés dans l'histoire. À la fin de ma conférence, ils sont montés sur la scène.»
Il vient de publier le cinquième tome de son Histoire populaire du Québec, travaille sur le sixième, qu'il prévoit publier dans deux ans et qui portera sur les années 1970 à 1985. Raconter l'histoire récente représente tout un défi. «Plus on avance dans le temps, plus c'est difficile de décanter, moins on sait ce qui sera important pour l'avenir.»
Conférences adaptées
Ses connaissances de l'histoire accumulées depuis 48 ans et une mémoire exceptionnelle lui permettent de donner des conférences adaptées à son auditoire. Cette semaine, par exemple, il était en spectacle à Magog, avec le conteur Éric Michaud. Au programme, Alexis le Trotteur, le Bonhomme sept heures, la construction du pont de Québec. «Éric raconte la légende, moi, la vraie histoire.»
Aux médecins urologues réunis en congrès, il expliquera comment le métier de barbier s'est transformé en celui de chirugien.
Jacques Lacoursière ne fait certes pas ses 76 ans. Il est toujours aussi passionné. «Quand je ne le serai plus, j'aimerai mieux mourir», dit-il. Son secret? «Dix heures de travail et une bouteille de vin par jour!» Quand il ne fouille pas dans ses archives, Jacques Lacoursière fait la cuisine. «C'est la seule activité où j'oublie tout.» Heureuse femme que sa conjointe!
Chaque semaine, un jury formé de représentants des rédactions du Soleil, de la radio et de la télévision de Radio-Canada à Québec nomme un lauréat afin de souligner une réalisation exceptionnelle ou une contribution significative à la vie ou au rayonnement de Québec. Rencontrez le lauréat de la semaine dans Le Soleil le lundi, à la radio de Radio-Canada à l'émission Première heure où l'entrevue a lieu à 8h40 et, le lundi, à la télévision dans le téléjournal de fin d'après-midi. Vous connaissez une personne qui mériterait d'être nommée lauréat ? Écrivez-nous à redaction@lesoleil.com.











