Avec le Centre culture et environnement Frédéric Back, Québec peut compter sur le plus important regroupement d'organismes du domaine de l'environnement dans la province et c'est principalement grâce à la détermination de son président fondateur, Alexandre Turgeon, que ce projet a pu être mené à terme.
Notre lauréat de cette semaine se préoccupe des questions environnementales depuis son enfance, dont une partie vécue dans une ville minière, Rouyn-Noranda. «J'avais juste 12 ans, mais ça me dérangeait de voir que les boîtes de conserve qu'on produisait n'étaient pas recyclées pour en faire du métal. On polluait parce qu'on ne réutilisait pas nos matières premières.»
Cette conscience ne l'a pas quitté, c'est elle qui a par la suite déterminé ses choix d'études, en urbanisme et en aménagement du territoire, et de carrière avec la création de Vivre en ville et son embauche par le Conseil régional de l'environnement (CRE), dont il est le directeur général depuis 1996. «Ça m'a ouvert les yeux sur l'importance de gérer notre territoire afin de réduire notre dépendance au pétrole. Si on veut s'attaquer aux changements climatiques, il faut le faire par l'aménagement du territoire et par le transport.»
Vivre en ville
Alexandre Turgeon s'est fait connaître en fondant Vivre en ville au milieu des années 90, avec Ann Bourget et Jérôme Vaillancourt, qui sont par la suite devenus conseillers pour le Renouveau municipal. Alexandre Turgeon a lui aussi tenté de se faire élire voilà quelques années, mais sans succès. À voir les projets qu'il a menés par la suite, on se demande d'ailleurs où il aurait trouvé le temps pour la politique municipale.
«Vivre en ville est aujourd'hui un organisme qui compte 20 employés avec un budget de 800 000 $, mais c'est le résultat d'un travail de longue haleine. Au départ, nos budgets et notre membership étaient minimes.»
C'est son travail à Vivre en ville qui l'a fait remarquer par le CRE et une fois qu'il a assumé des responsabilités au sein du Conseil, il n'a pas oublié l'importance des organismes issus du milieu. «J'ai convaincu nos administrateurs et nos membres de l'importance de notre rôle de support envers les groupes du milieu, pour les aider à se développer, plutôt que d'assister à une compétition entre eux comme on voit dans d'autres régions.
«On les a aidés en leur donnant des outils pour monter leurs projets, leurs demandes d'aide, en les aidant à trouver des partenaires. On a créé trois entreprises d'économie sociale pour offrir des services de comptabilité, de graphisme et d'informatique aux groupes. Ça leur permettait de consacrer leurs énergies à leur mission première.» La stratégie a porté fruit. Uniquement dans la bâtisse du Centre culture et environnement, il y a 80 employés à temps plein dans une vingtaine d'organismes environnementaux. «C'est le plus grand regroupement dans la province», remarque-t-il avec fierté.
«Que des organismes à petit budget aient réussi à devenir propriétaires, à rénover et occuper de tels bâtiments, d'y faire des innovations environnementales pour en faire une vitrine, c'est exceptionnel.»
Développer malgré les compressions
La vitalité du milieu environnemental à Québec lui a d'ailleurs permis de se développer malgré les nombreuses coupes de budget des gouvernements. «Nos budgets augmentaient quand les subventions diminuaient parce qu'on a appris à offrir des services pour faire des études, des projets, réaliser des mandats.»
L'émergence d'un milieu environnemental fort est ce dont il est le plus fier, mais à l'inverse, sa plus grande déception, c'est de ne pas avoir pu freiner l'étalement urbain et la dépendance à l'automobile. «C'est le principal enjeu pour lequel on m'a nommé au CRE et je suis obligé d'admettre un échec. On continue, année après année, d'aller dans la mauvaise direction.»
Un des projets sur lesquels il compte le plus est celui du tramway. «J'espère que le maire demandera en 2009 le chèque de 8 millions $ que le gouvernement réserve depuis des années pour une étude d'avant-projet.»










