Il est discret, il a l'air timide. Son air coquin dans le coin de l'oeil laisse deviner que Francis «Burquette» Desharnais sait faire rire. Burquette, c'est le titre de la bande dessinée créée par notre lauréat. Burquette, dérivé de burqa. Porter la burqa. C'est l'idée géniale qu'un père intello impose à sa fille Alberte pour combattre sa superficialité et en faire ? enfin! ? une citoyenne conscientisée. Alberte ira à l'école, à la discothèque, au centre commercial, sera invitée à Tout le monde en parle, participera à une téléréalité... affublée de sa burqa. Autant de situations burlesques qui sont l'occasion pour Francis Desharnais de jeter un regard sur la société.
«J'ai fait exprès de ne pas parler ni du prophète ni du Coran. Je voulais me dégager de la sphère religieuse. Je n'ai donc pas énervé le poil des jambes des musulmans.» Pourtant, avoue-t-il, il n'aurait pas détesté causer un peu de polémique...
Fait rare pour une BD québécoise, Burquette s'est vendue à plus de 4200 exemplaires.
Les 79 pages de Burquette sont en fait une série de strips. Chaque ligne compte trois cases (ou moins) de dessins, et constitue une petite histoire en soi.
«Il maîtrise très bien ce genre. Il se renouvelle dans ses gags. Il a un bon sens du rythme. Il travaille vraiment bien», dit de lui André-Philippe Côté, caricaturiste au Soleil et qui a connu Francis, alors qu'il était élève au secondaire inscrit aux cours de BD aux ateliers Imagine.
Avec un thème peu banal comme la burqa, l'album de Desharnais a causé une première surprise à sa sortie en 2008 et une deuxième il y a deux semaines en remportant deux prix au Festival de la bande dessinée de Québec.
À temps perdu - il travaille dans une firme d'animation graphique de Québec -, Francis Desharnais prépare une suite à sa Burquette. «J'envoie Alberte en voyage. Ce sera la même approche, je jette un regard sur la société. La burqa sera là, mais moins présente», dit-il.
Une vie à dessiner
Francis Desharnais n'a jamais pensé gagner sa vie avec la BD. «Ce n'était même pas envisageable.» D'où ses études en graphisme. Mais il a toujours aimé dessiner. «À six ans, je reproduisais mes Lucky Luke et mes Astérix. J'ai même appris à lire avec mes BD», raconte-t-il.
Francis Desharnais dessine à la main, pas à l'ordinateur. Ses croquis, il les rassemble dans un petit cahier ligné. Puis il fait son «crayonné» au plomb, qu'il met ensuite à l'encre sur carton.
De la bande dessinée à la réalisation de courts métrages, il n'y a qu'un pas que Francis Desharnais a déjà franchi, avec ses trois amis du groupe Kiwistiti.
Les quatre amis sont d'ailleurs «en résidence» au centre Méduse. «Nous développons un show qui arrimera cinéma et musique. Ce sera un mélange de film et de pièce de théâtre.» À surveiller.
FRANCIS DESHARNAIS. Burquette, Les 400 coups.
Site Internet : www.francisd.com
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