Charles Morin: chercher sans relâche à combattre l'insomnie

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Charles Morin: chercher sans relâche à combattre l\'insomnie

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Charles Morin a consacré sa carrière à chercher des traitements pour un problème qu'on sous-estime et auquel notre système de santé accorde peu de ressources : l'insomnie.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

 

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Lauréat : Dr Charles Morin
Occasion : La Société canadienne de psychologie vient de lui remettre le prix Donald O. Hebb

Charles Morin a consacré sa carrière à chercher des traitements pour un problème qu'on sous-estime et auquel notre système de santé accorde peu de ressources : l'insomnie. Grâce à lui, Québec fait aujourd'hui partie de l'élite mondiale de la recherche sur les troubles du sommeil.

M. Morin se plie, de bonne grâce, aux exigences de la photographe Laetitia Deconinck, pour la séance de photos. Comme il l'a fait une semaine plus tôt, pour le New York Times, qui faisait état d'une recherche menée sous sa direction, sur l'efficacité des thérapies comportementales contre l'insomnie.

La Société canadienne de psychologie vient de lui remettre le prix Donald O. Hebb, pour une contribution importante à la psychologie en tant que science, au Canada. «Un prix comme ça, on doit le partager avec ses collègues de travail, insiste-t-il. C'est pas juste moi qui écris des articles de recherche ici.»

Le Centre d'études des troubles du sommeil (Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard) réunit 25 professeurs, chercheurs et étudiants. «Le budget de recherche de mon équipe, à lui seul, représente à peu près 1 million $, dont la moitié vient du gouvernement américain, précise le Dr Morin. Ça montre que notre expertise est reconnue en dehors du Canada.»

En effet. Et c'est d'ailleurs une des raisons qui ont convaincu l'Association mondiale de la médecine du sommeil de tenir son prochain congrès ici même, en 2011. L'autre raison, reconnaît-il, «c'est la ville de Québec elle-même».

De la Virginie au Québec

Après les études, à Laval, au Mississippi et en Virginie, il devient directeur du Sleep Disorders Center au Medical College of Virginia, de 1987 à 1994. «Mes premières recherches ont été effectuées aux États-Unis. C'est là que ma carrière a vraiment démarré.»

Lui et son épouse sont tous deux natifs de Saint-Prosper, en Beauce. Après 12 années aux États-Unis, où leurs deux enfants sont nés, les époux ont fait le choix de revenir à Québec.

«J'ai hésité, sur le plan professionnel, parce que les États-Unis disposent de moyens qu'on n'a pas ici, au Québec, mais, au-delà de cette question, nous ne voulions pas voir nos enfants perdre leur langue et leur culture.»

Il tenait aussi à faire profiter le Québec de l'expertise qu'il avait acquise dans ce domaine important mais négligé qu'est la psychologie.  

Au fait, pourquoi avoir choisi le sommeil?

«Le sommeil est un sujet intéressant parce qu'il rejoint à la fois les dimensions physique et mentale. Si une personne éprouve des problèmes physiques ou psychologiques, le sommeil risque automatiquement d'être affecté. Comme prototype de la relation entre le corps et l'esprit, on ne peut pas trouver mieux.»

«Ça touche énormément de gens, ajoute-t-il. Tout le monde a besoin de dormir mais à peu près 30 % de la population souffre occasionnellement d'insomnie. Les troubles chroniques affectent une personne sur 10. C'est énorme!»

Aux États-Unis, a-t-il constaté, chaque hôpital d'importance possède sa clinique du sommeil, bien qu'elles traitent surtout les problèmes d'apnée plutôt que d'insomnie. «On n'en trouve pratiquement aucune au Québec, même s'il se fait de la très bonne recherche ici. Nous avons une expertise enviable au niveau mondial, mais les seuls qui en profitent sont ceux et celles qui participent à nos recherches...»

Pourtant, ajoute Charles Morin, «même si ça coûte de l'argent, soigner l'insomnie génère des économies beaucoup plus grandes que ces coûts».

Il mise sur le projet NeuroCité pour combler cette lacune, avec la création d'une clinique de la douleur ainsi que d'une clinique du sommeil, mentionne-t-il.  

Praticien aussi

Ce professeur qui enseigne à l'École de psychologie de l'Université Laval n'a rien d'un puriste. «Je n'aime pas faire de la recherche juste pour acquérir des connaissances, ça doit avoir des retombées.»

C'est d'ailleurs ce qui caractérise le Centre d'études. «On étudie surtout des traitements, on développe des approches thérapeutiques, principalement pour traiter l'insomnie, parce que c'est le problème le plus répandu. En plus, comme psychologue, j'ai la préoccupation de développer des traitements autres que les médicaments.»

Sa plus récente le confirme. Son étude montre qu'après six mois, les sujets ayant suivi exclusivement une thérapie comportementale font plus de progrès que ceux qui ont aussi eu recours à des médicaments.

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