Élaine Hémond a de quoi sourire. Un sourire peut-être un peu moqueur parce qu'avant même de connaître le résultat des élections municipales, ce soir, elle sait déjà qu'elle a gagné. Et pas juste une fois, 73!
La lauréate de la semaine n'est pourtant pas candidate. Ce qu'elle a gagné, c'est la fierté de voir 73?femmes au Québec briguer les suffrages aujourd'hui après avoir suivi la formation du Centre de développement femmes et gouvernance qu'elle a fondé. Cette école est née de l'alliance entre l'École nationale d'administration publique et le Groupe femmes, politique et démocratie qu'elle a créé bénévolement, d'abord seule à la maison, il y a 10 ans. «Pour gagner nos élections, dit-elle, on n'a pas besoin qu'elles gagnent : juste de se présenter, pour nous, c'est une victoire!»
L'école a pour but d'informer et d'accompagner les femmes qui veulent se lancer en politique. Depuis sa création, des professeurs comme Christine St-Pierre, Josée Verner et Pauline Marois ont aidé 148 femmes à faire le grand saut, tous paliers confondus. Et quatre d'entre elles sont candidates à Québec aujourd'hui même...
«Quelque chose d'illogique»
Lorsque Mme Hémond pratiquait le journalisme, on lui demandait souvent de réaliser des portraits de personnes influentes. Parmi elles, tant de femmes si intelligentes, mais pourquoi en trouve-t-on si peu en politique ou qui siègent sur les conseils d'administration? se demandait-elle. «Il y a quelque chose d'illogique là-dedans».
Alors qu'elle réalisait une entrevue avec Lucien Bouchard, alors premier ministre, elle lui a posé cette grande question. Il y en a trop peu, a-t-il convenu, «mais ne comptez pas sur moi pour les prendre par la main», a ajouté M. Bouchard. Ç'en était trop pour Mme Hémond. «Si c'est comme ça, on va se prendre nous-même par la main!»
C'était en 1998. Elle se souvient au début, elle avait bien plus de questions que de réponses... Elle a étudié, consulté, trouvé des alliés. «Notre objectif, c'est de faire en sorte que les femmes soient associées à parts égales à toutes les décisions publiques et politiques», énonce-t-elle. Et parmi les moyens pour y arriver, le besoin de formation s'est imposé. C'est du moins ce que les femmes réclamaient.
Malaise. Comme les femmes, évidemment, ne sont pas plus ignorantes que les hommes, pourquoi auraient-elles davantage besoin d'une formation?
«Il y a plus d'hommes en politique, répond-elle, c'est ce qui fait que les femmes ont moins confiance. Elles ont besoin d'être rassurées. [L'école, c'est donc] un accompagnant dans lequel on les amène à développer leur leadership et leur confiance en elles. C'est beaucoup une question de confiance.»
L'effort en vaut la chandelle, insiste la lauréate. «L'ONU a fait un constat : dans les pays où les femmes sont plus actives économiquement et politiquement, la qualité de vie est supérieure.»
Les choses changent, mais changent lentement. Au Québec 29 % des élus à l'Assemblée nationale sont des femmes, 6 % de plus qu'il y a 10 ans. Au Canada, fait étonnant, alors que le nombre d'élues a augmenté de 1,5 % en 10?ans, le pays est passé du 22e?rang en 1999, au 47e cette année.
Pourquoi? «Parce que les pays ou il y a eu des avancées remarquables sont ceux où les partis et les gouvernements se sont donnés des quotas», explique Mme Hémond, ajoutant qu'elle appuie ce genre de mesures transitoires.
À cet égard, elle salue la Loi 57 du Québec qui impose des quotas pour la proportion de femmes qui siègent aux conseils d'administration des sociétés d'État. Les progrès sont importants, rapporte-t-elle, certaines d'entre elles ont maintenant près de 40 % de femmes à leurs C. A.
Le Groupe femmes, politique et démocratie compte aujourd'hui six employés à temps plein dans ses bureaux permanents. Tous les partis politiques le connaissent et lui envoient régulièrement des candidates. Élaine Hémond a aussi reçu de nombreuses distinctions et prix, dont celui de la Gouverneure générale.
Comme l'organisme vole maintenant de ses propres ailes, Élaine Hémond a décidé de partir à son compte. Elle met à profit cette expérience qu'elle a acquise pour offrir ses services de consultante. Elle s'est depuis rendue en Bolivie, à Haïti, au Guatemala... les projets ne manquent pas pour cette femme infatigable!










