Hier à Grande-Grave, environ 250 expropriés et descendants d'expropriés du parc Forillon ont participé à des retrouvailles organisées par les autorités de Parcs Canada. «Une première étape du processus de réconciliation», affirme Stéphane Marchand, le directeur du parc. La prochaine : une exposition sur la vie des familles de Forillon, qui sera inaugurée l'an prochain dans la maison Dolbel-Roberts, à Grande-Grave.
Les expropriés ont souvent reproché au parc d'occulter leur histoire. «L'histoire est écrite, on ne peut pas la changer. Mais voici une merveilleuse occasion d'influencer le futur», croit M. Marchand, qui invite les familles à donner leur opinion sur le projet d'exposition.
L'avocat Lionel Bernier était présent à Grande-Grave. Fils d'expropriés de Cap-des-Rosiers, il a défendu ses concitoyens à l'époque pour qu'ils obtiennent des indemnités décentes. Il en a tiré un roman, La bataille de Forillon, et continue de dénoncer «le drame» de l'expropriation et «les humiliations» subies aux mains de «fonctionnaires impitoyables».
M. Bernier a tout de même dit oui à Parcs Canada, quand on lui a demandé de siéger au comité de commémoration des expropriés. Un geste du parc qu'il interprète comme «le signe tant souhaité(...), un retournement des plus significatifs, que je n'aurais pas imaginé il y a moins d'un an».
Mais certains expropriés refusent tout net la main tendue par Parcs Canada. Fernand Bouchard, président du comité des expropriés au début des années 70, ne décolère pas. «La première chose qui aurait dû être faite, c'est des excuses des deux gouvernements. (...) On l'a fait pour les Canadiens d'origine japonaise, on l'a fait pour les expropriés de Mirabel, mais on s'entête à ne pas le faire pour les expropriés de Forillon.»
Blanche Fortin qualifie «d'effronterie» le fait de devoir payer pour retourner sur son ancienne propriété. «Après avoir pris nos terres pour pas grand-chose, il nous obligent à payer pour y retourner.» Les expropriés réclament un passeport transmissible de génération en génération.
Un tel passeport éviterait à Wilma Roberts, 80 ans, de sortir son portefeuille chaque fois qu'elle veut se recueillir sur la tombe de son mari, de ses parents et de ses deux bébés, enterrés dans le parc.
Les expropriés et des résidants des alentours, dont Gilles Shaw, ont aussi décrié les «dégâts» causés au patrimoine bâti lors de la création du parc jusqu'à aujourd'hui, dont le piètre état du quai de Cap-des-Rosiers.











