Le parcours de Mme Mercure, c'est celui que tout organisateur politique recherche. L'avocate représente «la personnalité avantageusement connue» qu'aiment lancer dans la mêlée les partis se disputant le pouvoir, à Québec comme à Ottawa.
Mme Mercure s'est imposée sur plusieurs tribunes depuis les années 90. Coprésidente du premier gala des femmes de mérite du YWCA de Québec, à la barre de l'Office du tourisme comme à la tête de conseils d'administration dont celui du Parc technologique, engagée dans Centraide, elle a récemment été du «comité sur la gouvernance» mis sur pied par le maire Régis Labeaume.
«Madame implication»
Au fil de ses engagements, elle est devenue la première femme à présider aux destinées de la Chambre de commerce du Québec métropolitain, en 2001.
«C'est ?madame implication'', raconte un de ceux qui l'ont vu à l'oeuvre. Comme Sam Hamad (ministre de Jean Charest et prédécesseur de Mme Mercure à la barre de la Chambre de commerce), c'était écrit dans le ciel qu'elle finirait en politique.»
Attablée dans un café de l'avenue Myrand, Mme Mercure se dit surprise par l'affirmation. «La Chambre n'était pas un tremplin. À l'époque, je ne pensais pas à cela (la politique). Mais je peux vous confirmer que mon passage à la Chambre de commerce est quelque chose qui m'a donné le goût des affaires publiques.»
La politique, elle, a alors commencé à penser à Françoise Mercure. En 2003, Pauline Marois, alors ministre au sein du gouvernement de Bernard Landry, l'approche. «Je n'étais pas prête (à faire le saut) au niveau familial ? ses enfants ont maintenant 23 et 20 ans ? et au niveau de ma carrière professionnelle», raconte Mme Mercure.
En 2007, c'est au tour d'André Boisclair. Le chef du Parti québécois de l'époque multiplie les efforts pour qu'elle porte ses couleurs aux élections. Il la voit dans Montmorency. Les militants péquistes refusent sa candidature.
«Cette fois, commente Mme Mercure au sujet de sa tentative dans Jean-Talon, c'est la bonne. L'alignement des planètes est favorable», répète-t-elle.
Seule députée péquiste du Québec métropolitain, Agnès Maltais se félicite de l'arrivée de Mme Mercure. «Depuis l'élection de 1994, c'est la meilleure candidate (à se présenter) dans la région. Et je m'inclus dans ça. Elle fait l'unanimité.»
Péquiste depuis longtemps
L'allégeance politique de Françoise Mercure ne fait aucun doute. Des souverainistes se souviennent de sa présence, discrète, dans leur camp, lors du référendum de 1995. L'avocate le confirme. «Cela fait longtemps que je suis membre du PQ et ils (les péquistes) ont toujours su que si je faisais de la politique, ce serait pour eux.»
L'aspirante députée n'a pas choisi la circonscription la plus facile. Jean-Talon n'a jamais voté autrement que libéral. Son adversaire Yves Bolduc est déjà ministre de la Santé au sein du cabinet de Jean Charest. «C'est mon comté», fait-elle en soulignant qu'elle demeure dans Jean-Talon alors que son adversaire ne s'y est établi qu'il y a quelques semaines. Elle a martelé cet argument lorsqu'elle est officiellement entrée en scène pour la complémentaire.
«C'est le moment où Jean-Talon élira un député du Parti québécois», reprend-elle en entrevue. Elle souligne que le PQ «est passé proche» deux fois. En 1994, le Parti libéral du Québec l'a emporté par 25 voix; en 1998, par 156.
Ne joue-t-elle pas gros en menant campagne sous le thème Jean-Talon et rien d'autre? Françoise Mercure ne le croit pas même si elle refuse de spéculer sur toute autre hypothèse qu'une victoire dans la circonscription qui avait comme député le ministre Philippe Couillard jusqu'à sa démission, le 25 juin. «Je mets de l'avant que je m'implique pour la région et Jean-Talon est au coeur de cette région», fait-elle valoir pour expliquer son slogan «ICI».
La candidate du PQ voit comme un «défi supplémentaire» le fait que le scrutin complémentaire se déroule dans l'ombre des élections générales fédérales. Elle refuse de se tracasser avec le vieux fond libéral qui parcourt la circonscription et avec le fait que les électeurs y sont plus âgés que la moyenne québécoise, ce qui représente un handicap habituellement pour le Parti québécois.
La clé de la course électorale se trouve probablement dans le degré de participation au scrutin. En particulier chez une clientèle qui vote peu, les étudiants de l'Université Laval, institution située dans les limites de Jean-Talon. «Nous nous assurerons que le vote sortira», commente Mme Mercure.
La prétendante à la succession du député Couillard refuse de croire que les résultats des sondages qui donnent les libéraux en avance dans la région valent pour la circonscription qu'elle lorgne.
Françoise Mercure rapporte avoir rencontré, par ailleurs, plusieurs citoyens qui ont «fait des essais (pour l'Action démocratique du Québec) au dernier vote. Et qui ont été déçus. J'ai rencontré des gens qui ont dit qu'ils voteraient maintenant pour moi. C'est sûr que nous tenterons de récupérer ce vote, le vote des déçus».










