Le président a d'ailleurs tenu à le préciser : la qualité d'une visite ne se mesure pas à sa longueur, a-t-il soutenu, en laissant entendre que les Québécois étaient bien chanceux que son séjour ne soit pas annulé en raison de la crise économique. «Dans visite éclair, il y a d'abord visite... Avec la charge que nous avons sur les épaules, je peux vous dire une chose : on ne s'amuse pas», a ajouté le chef d'État.
Malheureusement pour la population (et les journalistes), la plupart des activités du président se sont déroulées à huis clos et ses déplacements se sont effectués sous haute surveillance. Mais ses apparitions publiques resteront sans doute gravées dans la mémoire des gens qui ont eu la chance de voir le vrai Nicolas Sarkozy à l'oeuvre. Un véritable phénomène.
Le président a choisi d'entrer en contact direct avec la population une seule fois, devant le nouveau Centre de la francophonie des Amériques (CFA). Les quelques centaines de personnes qui s'étaient amassées à cet endroit, vers 16h40, ont pu voir l'homme politique de près. Plusieurs ont même obtenu une vigoureuse poignée de main, un cliché ou un autographe.
Le président a ensuite dévoilé la plaque qui ornera le CFA avant d'entrer à l'intérieur pour une très courte visite. Et il est ressorti en saluant d'autres curieux et en répondant rapidement à quelques questions des journalistes avant de s'engouffrer dans sa limousine. Au total, maximum 20 minutes chrono pour cette virée dans le Vieux-Québec.
Mais c'est surtout lors de sa conférence de presse à la Citadelle, vers 14h, qu'on a pu saisir la réelle nature du personnage. D'abord, l'homme est incapable de rester en place une seule seconde. Il se dresse sur le bout des pieds, il regarde le plafond, il se gratte le menton, il plaque son regard dans les yeux des jolies dames, il s'attarde sur leurs jambes, il distribue les sourires, il joue avec le lutrin, il part dans la lune aussi, à l'occasion. On dirait un gamin qui s'apprête à faire un mauvais coup.
Étonnant de voir le contraste entre M. Sarkozy et le premier ministre Stephen Harper, qui peut rester figé comme un bloc de glace pendant des heures.
Étonnant, aussi, de l'entendre tutoyer «Stephen» comme s'ils avaient galéré ensemble dans le bon vieux temps. De toute évidence, M. Sarkozy n'a pas encore franchi ce stade avec Jean «Chareste» (comme il l'appelle), car il l'a vouvoyé pendant son discours à l'Assemblée nationale. À moins que ce ne soit le côté protocolaire de l'événement qui l'ait convaincu de faire preuve de plus de retenue.
En fait, le président français est un spectacle en soi. Ses expressions faciales, ses blagues, son sens de la répartie, sa facilité à rendre un discours intéressant. Sa prestation devant les parlementaires à l'Assemblée nationale avait d'ailleurs quelque chose de théâtral. Même si son texte était écrit, il le récitait avec le naturel d'un grand comédien.
Il s'est toutefois ajusté en cours de route, peut-être pour ne pas trop froisser ses interlocuteurs du Parlement. Il a par exemple retranché certains passages, comme la formule «J'aime le Québec, et j'aime le Canada!», qui faisait partie de son discours écrit. Cette déclaration aurait sans doute fait sursauter les députés péquistes, qui applaudissaient d'ailleurs du bout des doigts lorsque l'Assemblée s'enflammait.
Dans les tribunes, on remarquait des visages connus, comme Gilles Duceppe, Jean-François Lisée, Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé, Paul Desmarais, André Boisclair. Le discours du président s'est conclu par une longue ovation debout. Pas aussi longue que celle de Maurice Richard, mais tout de même. Pour un politicien, il faut bien admettre qu'un tel soulèvement relève presque de l'exploit.











