Une dernière chance au gouvernement

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Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) Les autochtones du Québec veulent bien donner une dernière chance au gouvernement de reconnaître leurs droits, mais ce sera la dernière. Quitte à faire dérailler le Plan Nord de Jean Charest.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, et les chefs de plusieurs autres villages amérindiens ont martelé ce message, hier, au Parlement, en marge des audiences de la commission sur le nouveau régime forestier.

«Assez, c'est assez, a lancé M. Picard. (...) On parle à des gens qui n'écoutent pas. Ça fait 10 ans qu'on répète le même message et on se voit encore en train de (...) se dire : ?On va saisir cette opportunité-là qu'est la commission parlementaire sur le nouveau régime forestier et réitérer le même message, mais une dernière fois.''»

Le gouvernement Charest, dit-il, ne pourra pas lancer son Plan Nord en contournant une nouvelle fois les droits des autochtones. «C'est un ultimatum qui est lancé par les chefs qui sont avec moi aujourd'hui», a averti M. Picard, précisant toutefois qu'«on ne dit pas aux Québécois de retourner en France. On n'efface pas 400 ans d'histoire même si elle comporte trop d'injustices. Ce qu'on veut, c'est le respect de nos droits».

Parmi les chefs qui l'accompagnaient hier, certains ont manifestement déjà dépassé l'étape de la «dernière chance» ? ou du moins, celle des pourparlers.

«Ça va être très dur pour le gouvernement d'instaurer le Plan Nord, parce qu'on a des droits, a dit Raphaël Picard, chef de Betsiamites, communauté qui a déjà pris le chemin des tribunaux. Le gouvernement devra faire face à cette opposition qui sera très réelle. Ce ne sera plus de la négociation, ce sera peut-être autre chose. (...) La négociation, on n'y croit plus. Depuis 30 ans qu'on négocie, et le Nord s'est développé (quand même) sans aucune mesure adéquate au sujet du titre aborigène.

«Peut-être qu'il y aura des mesures radicales aussi, je ne sais pas», a-t-il laissé tomber, sans préciser de quoi il s'agirait.

Selon Raphaël Picard, l'Approche commune, entente de principe conclue en 2000 entre Québec et les Innus de Mamuitun (l'ouest du territoire montagnais, essentiellement), est bonne pour la poubelle. «C'est fini, il n'y a aucune possibilité de négocier avec des sourds et des gens qui ne retournent plus nos messages.»

Venant de l'autre extrémité du Québec, le chef de Kitigan Zibi, Gilbert Whiteduck, a lui aussi averti que les moyens de pression autochtones étaient sur le point de monter d'un cran. «Si aucune action n'est entreprise ici (en commission), alors il y aura des actions dans nos terres, parce qu'on n'en peut plus. (...) Je pose la question aux Québécois : c'est quoi, le choix qu'on a, si les gens ne veulent pas s'asseoir avec nous  pour discuter réellement? Quel choix on a sauf de se mettre debout et de prendre des actions concrètes?

«Quand on regarde des petits de quatre ou cinq ans et qu'on sait qu'ils vont vivre dans la misère pour le restant de leurs jours, ce n'est pas acceptable», a-t-il ajouté sur un ton émotif.

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