Un rapide relevé effectué par Le Soleil indique que l'équipe gouvernementale s'est butée une demi-douzaine de fois sur le refus des adéquistes et des péquistes qui constituent l'opposition.
Contrôle du prix de l'essence, création d'une Agence des viaducs, réglementation des cliniques spécialisées dans les traitements de fécondation in vitro, imposition de nouvelles règles gouvernementales pour les finances publiques et nouvelle norme pour sanctionner l'alcool au volant constituent tous des points où les ministres libéraux n'ont pu aller au bout de leurs intentions.
Le pronostic le plus certain porte sur le retour d'un projet de loi pour une Agence des viaducs. Il s'agit d'un organisme dont la naissance a été recommandée par la commission Johnson, chargée de l'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde.
Cette nouvelle boîte gouvernementale réunirait une équipe d'ingénieurs. Ils se concentreraient sur l'inspection, l'entretien et parfois le remplacement des 10 000 ponts routiers, ponceaux et tunnels.
Sa création est d'autant plus plausible qu'elle s'inscrit dans une façon de faire du gouvernement. Il a déjà créé une Agence de l'efficacité gouvernementale et il a eu dans ses cartons des idées pour en mettre sur pied ailleurs, comme à la Société de l'assurance automobile du Québec. Les syndicats suivent ce dossier parce qu'il s'agit d'une façon de «sortir» les employés du giron de la fonction publique.
Une autre façon de faire qui devrait reprendre vie porte sur les partenariats public-privé (PPP). Lancée avec tapage, au début du premier mandat de Jean Charest, en 2003, la formule des PPP pourrait prendre de l'ampleur.
Contrôle du prix de l'essence
L'affrontement le plus spectaculaire entre le gouvernement et l'opposition majoritaire a porté sur le contrôle du prix de l'essence. Le ministre Claude Béchard (Ressources naturelles) était ressorti furieux de la commission parlementaire où il avait dû battre en retraite. Le retour de ce projet n'est pas assuré. Le mécanisme pourrait ne rien contrôler du prix de l'essence, mais comporter un coût... politique.
La ministre Julie Boulet (Transports) a été victime d'un autre refus de l'opposition. L'ADQ et le PQ l'ont contrainte à laisser tomber la modification du Code de la sécurité routière qui aurait ramené de 0,08 à 0,05 le taux d'alcool dans le sang qui vaut une sanction aux conducteurs.
En retrouvant sa majorité, le gouvernement pourrait imposer cette nouvelle norme. Par contre, le Code a subi d'autres changements et le prochain titulaire des Transports pourrait attendre la période habituelle de quatre ans, question d'évaluer les nouvelles mesures.
Politologue à l'Université de Sherbrooke, Jean-Herman Guay convient qu'au lendemain du 8 décembre, Jean Charest «n'est plus limité de façon arithmétique» par le poids du nombre à l'Assemblée nationale. «Il pourra faire montre d'une plus grande fermeté» sur certaines orientations.
Mais M. Guay croit que le premier ministre réélu prendra garde «de ne pas aller trop loin. Il suffirait de quelques scrutins complémentaires» en cours de mandat pour que sa mince majorité devienne encore plus précaire.
En outre, estime l'universitaire, «plusieurs (députés libéraux) ont obtenu de faibles majorités. Ils vont calculer que s'il y a de nouveau des (projets comme le) Suroît, le mont Orford ou les coupures dans les prêts et bourses (des controverses survenues sous le gouvernement libéral majoritaire de 2003), ils auront beaucoup de travail à faire pour les garder.»
Et les nouveaux élus du PLQ auront certainement aussi une pensée pour les 41 adéquistes qui avaient atterri en chambre, en mars 2007. «Plusieurs ont dû voir que c'est beau d'avoir un siège (à l'Assemblée nationale), mais qu'il faut le conserver», a glissé M. Guay.

















