La coalition des trois partis d'opposition pour remplacer le gouvernement Harper tient toujours la route, à son avis. «C'est normal de vouloir lire le budget», a-t-il dit en entrevue au Soleil, mais il faudra «un changement de cap majeur» de la part du ministre pour obtenir la confiance des députés.
«Dans toute période de crise, il faut se montrer responsable, affirme le chef du Bloc québécois. Est-ce qu'on va poursuivre le même type d'économie? L'environnement, répond-il lui-même, doit se retrouver au coeur du prochain budget.»
ignatieff n'est pas prêt
Interrogé sur les choix qui attendent le nouveau chef libéral, M. Duceppe évalue ainsi la situation de M. Ignatieff : il n'est pas prêt pour une élection, il ne peut pas rester assis au moment du vote, une stratégie qui a fait plus mal aux libéraux que le Tournant vert dans la dernière campagne, selon lui.
«Un budget conservateur qui donnerait passablement de gains devrait reconnaître le Protocole de Kyoto, dit-il, ce qui lui semble impensable.
«Et si M. Harper fait un budget pas trop pire pour M. Ignatieff, il va lui répéter pendant deux ans qu'il ne peut plus parler parce qu'il l'a appuyé», ajoute M. Duceppe.
Ce dernier compte toujours sur la gouverneure générale, Michaëlle Jean, pour éviter des élections si les Communes rejettent le prochain budget, et croit que M. Ignatieff a tout à gagner à l'exercice.
Le chef du Bloc se dit heureux de sa dernière année, qui a donné au parti sa sixième victoire consécutive à des élections générales. «En décembre dernier, dit-il, personne ne prédisait cela. Pour moi, c'est signe que cela ne peut pas être toujours un hasard.
«Nous avions dit dès la précampagne que seul le Bloc pouvait empêcher M. Harper d'obtenir sa majorité, et effectivement c'est le Québec qui l'a fait», soutient M. Duceppe.
«On n'a pas sorti cette idée d'un chapeau de magicien, dit-il. On avait analysé la situation, enquêté, rencontré notre monde avant le début de l'élection» et constaté que l'ordre du jour conservateur «très à droite et inspiré des républicains ne passe pas au Québec».
M. Duceppe soutient d'ailleurs que M. Harper ne s'est pas trompé et n'a pas commis d'erreur, autant dans sa campagne électorale que lors de la mise à jour économique de novembre : le chef conservateur a tout simplement répondu aux demandes de sa base, «il a plu à son monde».
Souveraineté
Sur la question de la souveraineté, le chef bloquiste dit en avoir parlé dans chaque discours électoral, même si les journalistes ne l'ont pas rapporté.
«Mais c'est clair qu'il n'y a pas de date de fixée pour un prochain référendum», dit-il. Le contexte nouveau constitue selon lui «une étape nouvelle pour les souverainistes» qui se retrouvent avec une opposition forte à Québec et une représentation majoritaire à Ottawa.
L'élection de Jean Charest gèle toutefois le dossier référendaire pour les quatre prochaines années, et il faudra voir ce que fera le Parti québécois au prochain rendez-vous électoral, dans le cadre de son programme.
Deux options majoritaires
«Il y a deux options qui ne sont pas majoritaires au Québec, celle des souverainistes et celle des fédéralistes», dit-il. M. Duceppe reconnaît en plus, question de mêler les cartes, qu'il n'y a pas que des souverainistes qui ont voté pour le Bloc.
Par contre, ajoute-t-il, certains souverainistes ont voté pour le NPD ? «ce qui nous a fait perdre quelques comtés» ? les verts ou les conservateurs, notamment au Lac-Saint-Jean, dans ce dernier cas.
L'arrivée de M. Ignatieff, par ailleurs, ne l'importune pas plus que celle de Paul Martin et de Stéphane Dion dans leur temps. Quand le nouveau chef dit douter de l'efficacité du Bloc, dans une entrevue au Soleil cette semaine, M. Duceppe a la réplique cinglante : M. Ignatieff a besoin de son parti s'il veut diriger le gouvernement.

















