«Bien que le gouvernement conservateur soit en sursis, techniquement il n'a pas encore perdu la confiance de la Chambre et gouverne en tant que tel. Stephen Harper peut donc procéder à ces nominations. Toutefois, ce geste peut paraître cynique à plusieurs égards», affirme Réjean Pelletier, politologue à l'Université Laval.
La promesse maintes fois répétée de ne nommer que des sénateurs préalablement élus semble avoir cédé devant des impératifs stratégiques. «Comme il l'avait fait avec sa loi sur les élections à date fixe, Stephen Harper passe outre ses principes en nommant ces sénateurs. S'il peut sembler cynique ou illégitime, le geste est légal.», ajoute le spécialiste.
Bataille déplacée au Sénat
Pour Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke, la bataille qui se jouait à la Chambre des communes il y a quelques semaines se déplace maintenant au Sénat. Une coalition qualifiée d'illégitime par le gouvernement, une prorogation de la session considérée tout aussi illégitime par l'opposition et maintenant cette nomination par un gouvernement en sursis. «Nous sommes devant un cas de figure exceptionnel. Si Stephen Harper était parfaitement convaincu d'être réélu, il n'agirait pas de cette manière. L'arrivée de Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral change la donne et le premier ministre en est bien conscient.»
Quant à cette éventuelle réforme du Sénat désirée par Harper et qui ferait l'économie d'un débat constitutionnel, Réjean Pelletier y voit un moyen détourné d'arriver à ses fins. «En nommant des sénateurs issus d'une liste d'élus dans chaque province et en leur demandant de s'engager à démissionner au bout de huit ans, il contourne le problème et je crois que c'est mauvais.»














