Budget 2009-2010: Québec hésite entre un déficit élevé et des hausses de tarifs

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Budget 2009-2010: Québec hésite entre un déficit élevé et des hausses de tarifs

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Monique Jérôme-Forget

Photothèque Le Soleil

 

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

L'heure des choix approche pour le gouvernement Charest, qui devra décider très bientôt s'il opte pour un déficit de taille ou d'impopulaires hausses de tarifs.

D'ici un mois, les contribuables québécois seront fixés, et, chose certaine, une hausse de tarifs dans l'année qui vient n'est pas exclue, pour compenser la baisse de revenus anticipée dans les coffres de l'État.

Il reste à savoir quel est le niveau de tolérance de la population et du gouvernement en matière de déséquilibre budgétaire, et c'est ce qu'est en train de jauger la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.

C'est un «gros dilemme», a admis la ministre, à ce propos, dimanche, lors d'une entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

En pleine préparation de son budget, la ministre des Finances dit être dans sa «bulle», en train de jongler présentement avec divers scénarios, pour déterminer à quelle profondeur elle va plonger les finances du Québec dans le rouge.

«Je suis en train de soupeser quel niveau de déficit on est prêts à envisager», a-t-elle indiqué. Il y a «des choix à faire sur le rôle du gouvernement», avant de prendre les décisions finales, ajoute-t-elle, assurant que ses «orientations» ne sont toujours pas fixées, même si l'échéance approche.

Le recours aux hausses de tarifs «dépend du niveau de déficit» qui sera jugé acceptable. Le débat n'est pas terminé au sein du gouvernement, indique-t-elle.

Dans sa consultation pré-budgétaire en ligne, le ministère des Finances présente la hausse des tarifs comme un des scénarios à envisager pour accroître les revenus de l'Etat.

Les tarifs gouvernementaux divers rapportent quelque 6 milliards $ par année de revenus dans les coffres de l'État.

Mme Jérôme-Forget ne s'en cache pas: son prochain budget, rédigé en pleine crise économique, lui offre «un défi de taille». Il est sans contredit «le plus difficile» quelle ait eu à préparer depuis qu'elle occupe le poste de ministre des Finances, d'autant plus qu'il survient dans un climat de véritable «psychose», selon elle.

La date de la présentation du budget n'est pas encore fixée, dit-elle, mais le 12 mars, une date qui a circulé, a été exclue. Le 17 ou le 19 pourraient bien retenir l'attention.

L'ampleur du déficit dépendra aussi, par exemple, de l'effort additionnel consenti par le gouvernement pour soutenir l'économie par diverses mesures d'appui aux travailleurs licenciés et au maintien des emplois actuels.

Une autre avenue pour éviter de voir le déficit prendre des proportions astronomiques serait de freiner les dépenses, en coupant dans les services et les programmes, mais Mme Jérôme-Forget exclut ce scénario d'emblée.

«Ce n'est pas sur l'écran radar», affirme-t-elle, justifiant sa position par le fait que la diminution de services n'est «pas dans nos moeurs» au Québec.

Vision d'avenir

Le plus difficile sera pour elle de projeter «une vision d'avenir» pour gérer l'après-crise. Son but: aller au-delà de la situation économique actuelle, pour permettre au Québec «de rebondir» le plus tôt possible, une fois la tempête passée.

Mme Jérôme-Forget dit que c'est à contrecoeur qu'elle a dû se résoudre à annoncer le 11 février que le Québec afficherait un déficit en 2009-2010, quand elle avait prétendu le contraire moins d'un mois plus tôt.

Elle réfute d'ailleurs les arguments de ceux qui prétendent qu'elle savait bien avant janvier que le Québec, comme d'autres États autour de lui, ne pourrait pas maintenir ses finances en équilibre budgétaire bien longtemps.

«Je ne le prends pas!» clame-t-elle, en insistant pour dire que l'économie a connu une baisse soudaine et importante en janvier. À partir de là, les mauvaises nouvelles sont tombées comme la «misère sur le pauvre monde», citant en exemple les profits des entreprises qui ont chuté «comme dans un précipice».

«Tout le monde a été pris de court!», insiste la ministre, refusant tout blâme à ce propos.

Un des objectifs de son prochain budget sera d'ordre psychologique, car elle cherchera à redonner confiance dans l'économie.

«Je dois calmer le monde», dit-elle. Il y a dans les milieux financiers et parmi les experts suffisamment de gens, selon elle, «qui dépriment le monde», dit cette psychologue de formation. Le temps est donc venu de «donner de l'optimisme» aux contribuables.

À ce propos, elle maintient que les experts s'entendent pour prévoir une reprise à la fin de 2009 ou au début de 2010.

De son côté, en marge du Conseil national de son parti, la chef péquiste, Pauline Marois, est revenue à la charge, dimanche, pour dire que le gouvernement devrait geler les tarifs, tant que durera la crise économique.

«Après, dans une situation plus normale ou normalisée, là on peut discuter des tarifs», en prévoyant des mesures compensatoires visant à amoindrir l'impact de hausses éventuelles.

Elle a cité en exemple le gel du tarif des garderies à 5 $ décrété pendant des années par son gouvernement et qui avait contribué à l'enrichissement des familles.

«Ça, c'est un maudit bel exemple, dont on devrait s'inspirer», selon elle.

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