Hier, à Québec, M. Charest a repoussé l'idée que la politique du «rendement optimum», imposée à la Caisse au début du mandat de son gouvernement, en 2004, puisse de quelque façon que ce soit être reliée aux pertes records de 39,8 milliards $ qui affectent le bas de laine des Québécois.
Le réalignement auquel s'est soumis la CDPQ visait à rendre l'organisme «indépendant de la politique et surtout de la politique partisane», a affirmé le chef libéral. Il s'agissait d'un changement pour apporter à la société d'État qui gère les fonds pour la retraite des Québécois «une gouvernance moderne et (l'amener à) un rendement qui reflète le rendement optimum», a-t-il poursuivi.
Deux heures après que sa ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, eut tenu des propos semblables, Jean Charest a rencontré les journalistes en admettant que les «résultats sont décevants, mais pas étonnants». Il a tenu à les situer dans «le contexte de chamboulements» économiques où toutes les caisses de retraite «dans le monde font des pertes».
Aussi bien M. Charest que Mme Jérôme-Forget ont écarté la possibilité de comparaître en commission parlementaire pour témoigner sur les déboires qui affligent la Caisse, comme l'ont exigé les partis qui forment l'opposition à l'Assemblée nationale.
Seuls les dirigeants de la Caisse s'y présenteront parce qu'ils sont «imputables» de ce qui se passe, a précisé le premier ministre. Mais ils n'ont pas à craindre des sanctions autres que la perte de primes au rendement, a-t-il laissé entendre.
Selon M. Charest, «il faut s'interroger sur une partie des pertes et sur la gestion des risques». Il a soulevé que l'achat massif d'un outil de placement qui a fait perdre près de 6 milliards $, les papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA), doit être examiné. Il s'est surtout montré préoccupé par le «volume» de PCAA acquis. La CDPQ a été preneuse du tiers de ce qui a été vendu à travers tout le Canada.
Jean Charest a aussi pointé une autre faille dans la gestion de la Caisse. Les mécanismes pour protéger les fonds de retraite contre les fluctuations de la monnaie ont provoqué des dépenses jamais vues dans l'histoire de l'institution. M. Charest a précisé qu'ils ont été mis au point, il y a une quinzaine d'années. Les mécanismes sont donc désuets et il faut les revoir, a-t-il statué.
ADQ
M. Charest et sa ministre des Finances n'ont pas voulu reconnaître que le chef démissionnaire adéquiste Mario Dumont disait vrai lorsque, en campagne électorale, il avait avancé que la Caisse se dirigeait vers des pertes équivalant à 25 % de son portefeuille. Mme Jérôme-Forget a avancé que c'est l'adéquiste qui avait «menti», puisque, a-t-elle dit, les pertes n'étaient que de 18 % au moment de ses déclarations.
Jean Charest s'est contenté de rappeler que «j'ai dénoncé avec beaucoup de fermeté M. Dumont qui avait rencontré des personnes âgées en campagne électorale pour leur annoncer que leur (chèque de) pension était en péril» en raison de pertes appréhendées à la Caisse. «Or, c'était faux (à l'époque). Et c'est faux, aujourd'hui.»
Le chef du gouvernement a tenu à se faire rassurant à ce sujet. Malgré le déluge d'encre rouge, les institutions qui confient à la CDPQ leur argent, comme la Régie des rentes du Québec, la CSST ou encore la Société d'assurance automobile du Québec, «prévoient des impacts limités sur les cotisations», a-t-il assuré.
«C'est l'occasion de rappeler aux Québécois que les fonds investis à la Caisse sont gérés sur le long terme.» Jean Charest a insisté sur le fait que le calcul du rendement de la Caisse s'étale sur plusieurs années. Il a rappelé que depuis sa création, en 1966, la CDPQ affiche un rendement de 8,1 %, et ce, après avoir traversé trois récessions et un krach boursier, a souligné le politicien. «Surtout, ne tombons pas dans le piège de vouloir politiser tout ce qui tourne autour de la Caisse.»












