D'entrée de jeu, lors de sa conversation de près de huit minutes avec le journaliste Fareed Zakaria, M. Harper a déclaré que l'insurrection en Afghanistan ne pourrait jamais être vaincue et que conserver une présence militaire prolongée au pays serait contre-productif, tout en ajoutant qu'il fallait que l'autorité afghane «soit perçue comme venant de l'intérieur».
«Harper ne fait que reprendre le point de vue partagé par la plupart des acteurs et des observateurs en Afghanistan, et même celui de l'administration Obama», estime David Morin, chercheur au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. «Depuis le début de la mission que l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) et des ONG (organisations non gouvernementales) indépendantes disent qu'il n'y a pas de guerre à gagner, que la solution n'est pas que militaire. On peut donc se réjouir de cet aveu.»
La mission canadienne est d'ailleurs orientée depuis deux ans environ vers la formation de l'armée et de la police afghane et sur la reconstruction, ajoute le spécialiste. Il n'y a donc rien de nouveau à révéler que les objectifs ne sont pas que militaires.
Militaires canadiens
Rémi Landry, lieutenant-colonel à la retraite et chercheur à l'Université de Montréal, indique que ce point de vue est également partagé par les militaires canadiens.
«Ce ne sont pas des propos démoralisants pour les troupes; ils le savent depuis longtemps. C'est indiqué très clairement dans le nom même de la mission de l'OTAN que les militaires sont là pour faire de l'assistance et non pour faire le travail à la place des Afghans. (...) On sait aussi que plus on reste longtemps, plus il y a des chances que ça alimente l'insurrection.»
M. Landry aurait toutefois apprécié que le premier ministre ait la même candeur avec les médias canadiens.
Prendre les devants
Selon David Biette, directeur du Canada Institute au Wilson Center, il semble assez clair que M. Harper s'adressait principalement aux dirigeants américains. Sauf qu'en le faisant publiquement plutôt qu'en privé, dans un contexte où l'administration Obama est en pleine élaboration d'une nouvelle stratégie pour l'Afghanistan, il forçait les Américains à prendre sérieusement en considération l'avis du Canada. «C'est une forme de contribution à la question, mais d'une façon qui fait en sorte que les Américains ne pourront pas dire : "On mène et vous suivez." Il se pourrait donc que l'administration Obama n'apprécie pas beaucoup cette intervention.»
Selon Biette, la deuxième cible de M. Harper n'était pas le public américain, généralement indifférent à ce que disent les premiers ministres du pays voisin, mais plutôt le public canadien. «C'est une façon pour lui de montrer qu'il se soucie de la question et qu'il ne la laisse pas entre les mains de l'administration américaine.»
Une façon de faire, précise David Morin, qui «permet au gouvernement Harper de se donner une nouvelle image». Le gouvernement conservateur a en effet été souvent accusé d'être à la remorque du gouvernement américain.












