En entrevue au Soleil, mardi, Mme St-Pierre a indiqué que plusieurs personnes de l'étranger, dont la ministre anglaise de la Culture, lui ont fait part de leur déception de voir le gouvernement fédéral sabrer ainsi l'appui aux artistes qui font une carrière internationale. Des diffuseurs étrangers ont aussi pris la plume, récemment, pour dénoncer ces compressions.
«Ça commence à être su à l'international. Je trouve que c'est très, très inquiétant. Il y a un cri d'alarme que les artistes envoient et qui doit être entendu. C'est clair que ces artistes ne sont pas des enfants gâtés», a-t-elle soutenu.
L'abolition des programmes ProArt et Routes commerciales, qui exigeaient des investissements fédéraux de 15 millions $, sera en vigueur le 1er avril, a rappelé la ministre. À son avis, le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, doit donc trouver une solution avant cette date. «C'est très clair qu'il faut que ça aboutisse avant la fin du mois de mars. Plus le temps avance, plus les tournées sont compromises. Dans la danse, 60 % des activités se font à l'extérieur. C'est un domaine où l'on parle de leur survie.»
Mme St-Pierre soutient que ce dossier fait partie de ses priorités quotidiennes et que son cabinet est en contact étroit avec celui du ministre Moore afin de trouver des pistes de solution.
«Je crois qu'il y a un dialogue qui est entamé. Il y a du travail à faire encore, évidemment. Le ministre Moore m'a assuré qu'il était à la recherche de solutions. Et moi, j'ai très confiance. Je suis de nature assez optimiste et j'ai confiance qu'on va continuer ce dialogue.»
Changement de ton
La ministre perçoit même un changement de ton de la part d'Ottawa depuis la nomination de James Moore à la tête du ministère du Patrimoine. Auparavant, ses missives pouvaient rester lettre morte pendant des mois. Maintenant, les réponses viennent plus rapidement.
«M. Moore est un homme intelligent, sensible. Je pense qu'il comprend la situation. Il y a des signaux qui sont très positifs, autant à mon niveau qu'au niveau du ministre des Relations interprovinciales. Je note un changement de ton et je pense que c'est souhaitable. Parce que qui gagne là-dedans?», a-t-elle lancé.
Mme St-Pierre soutient que les ministres de la Culture des autres provinces canadiennes sont tout aussi préoccupés par ces compressions, qui ont eu l'effet d'un électrochoc d'un océan à l'autre. En cette période de tempête économique, les effets des coupes fédérales pourraient d'ailleurs avoir un plus grand impact ailleurs au Canada, soutient-elle. «Je n'ai pas de données scientifiques là-dessus, mais je peux parier qu'étant donné que les provinces misent beaucoup sur le mécénat et l'implication de l'entreprise privée dans la culture, elles vont peut-être avoir plus de misère que nous puisque les entreprises auront plus de difficultés», a-t-elle avancé.
Pas question de prendre la relève d'Ottawa
Si Ottawa continue de faire la sourde oreille, le gouvernement du Québec ne prendra pas pour autant la relève auprès de ces artistes délaissés. Pas question pour l'instant de compenser ces coupes en culture, soutient donc la ministre.
«Ça serait un mauvais message à envoyer. Il y a une démarche que le gouvernement fédéral doit faire, il a un rôle important à jouer dans la promotion et la diffusion de la culture. On est dans un partenariat, une fédération, et ce n'est pas le message qu'il faut que nous envoyions. Ça ne veut pas dire qu'on n'est pas sensibles, mais je pense que pour le moment, il faut continuer nos pourparlers avec le gouvernement fédéral.»











