«Je suis heureuse d'être là et de faire le budget de 2009-2010 alors qu'il y a la crise car il sera fondamental pour que le Québec rebondisse. Si je ne m'étais pas représentée, j'aurais eu l'impression de donner raison aux gens qui auraient dit : ?Elle n'est pas là, elle a quitté au bon moment, ah! ah! ah!? Non, elle est là en pleine tempête», affirme la ministre, lors d'une longue entrevue au Soleil.
Même si elle défraie encore une fois la manchette ce jour-là en écartant la possibilité d'une commission parlementaire sur la Caisse de dépôt, Mme Jérôme-Forget affiche le même calme, la même assurance qui la caractérisent. De toute évidence, le stress n'a aucune emprise sur la Dame de fer. «Tout le monde s'énerve autour de moi, sauf moi! lance-t-elle. Je ne suis pas stressée. Quand j'ai l'impression d'avoir accompli mon devoir, d'avoir fait ce que je devais faire, je peux dormir le soir. Par contre, quand les gens me font des reproches, je ne les prends jamais à la légère. J'écoute. Et je me dis qu'ils ont peut-être raison. Je ne le prends pas personnellement, mais comme une critique constructive.»
Une fois qu'elle est persuadée de détenir la vérité, la ministre ne se gêne toutefois pas pour tenir tête à ses détracteurs en leur parlant dans le blanc des yeux. Par exemple, ne lui dites surtout pas que Jean Charest s'est caché derrière elle pendant la crise à la Caisse de dépôt ou lors de l'annonce du retour au déficit. Car elle sort rapidement les griffes et se montre prête à mordre pour défendre son patron, qui n'a fait que respecter son rôle de ministre des Finances, soutient-elle.
«C'est injuste à son endroit. Jean Charest ne s'est jamais caché. C'est clair que ç'a donné cette image-là, mais c'était mon dossier. Sincèrement, s'il avait fallu qu'il soit à ma place, je l'aurais vu comme un désaveu à mon endroit. J'aurais dit : ?Écoute donc, c'est mon dossier, qu'est-ce que tu fais là?? Pourquoi il viendrait me désavouer? Il me fait confiance, il sait que je vais livrer la marchandise, que je suis franche, que je parle vrai.»
Parler vrai. Voilà l'une des devises de cette grand-mère de 68 ans qui a décroché un doctorat en psychologie pour mieux comprendre la société, étudié les sciences économiques à Londres et occupé diverses fonctions importantes, dont la présidence de la Commission de la santé et sécurité du travail. Certains lui reprochent son franc-parler et se sentent déstabilisés lorsqu'il lui arrive d'admettre ses erreurs. Mais elle se dit fière de ce trait de caractère qu'elle ne voit pas comme une faiblesse, mais comme une force.
«Je n'ai pas peur des situations et c'est à cause de ma franchise. Je dis toujours aux gens que je suis franchement bête et bêtement franche. Je dis les choses telles qu'elles sont. Si j'échoue dans quelque chose, je le dis même si c'est déroutant pour les autres. Et je me pardonne parce qu'au moins, j'agis. Mon grand-père me disait : ?Monique, il y a seulement ceux qui ne lavent pas de vaisselle qui n'en cassent pas?. Si vous ne faites rien dans la vie, vous ne vous tromperez pas.»
Née à Montréal et issue d'une famille modeste, la jeune Monique était une enfant turbulente, désobéissante?même.?Mais puisqu'elle excellait à l'école, les professeurs étaient prêts à tout lui pardonner. Cette détermination, cet entêtement qu'on lui connaît ne datent pas d'hier. La ministre se souvient même d'avoir créé tout un émoi lorsqu'elle a glissé au deuxième rang de sa classe une seule fois dans sa jeunesse.
«Vous allez voir mon côté concurrentiel... Je me suis mise à recompter toutes les notes et devinez quoi? La maîtresse s'était trompée et j'étais encore la première! Ça montre combien j'étais rigoureuse dès mon jeune âge. Ça avait créé un peu de... tension avec l'autre élève. Je ne devais pas être très sympathique, finalement!» lance-t-elle dans un grand éclat de rire.
Histoire de coeur
Même si elle peut avoir l'air intransigeant, l'épouse de l'ex-ministre Claude E. Forget assure qu'elle met du coeur dans tout ce qu'elle fait. Dans son travail, dans sa vie privée, dans ses nombreuses amitiés. Même dans les chiffres de son ministère. Et elle raconte l'histoire de cette femme de sa circonscription, âgée et démunie, qui lui envoie un petit cadeau à chaque Noël.
«Elle n'a pas l'argent pour m'envoyer un cadeau, elle n'a pas ce 10 $. Ça me crève le coeur. Quand je fais quelque chose, j'ai toujours cette dame, sa générosité, son isolement en tête. Les chiffres doivent avoir un coeur», avance la ministre, en concluant que la Dame de fer a sans doute ramolli avec les années.
Le PPP, une formule à revoir
Monique Jérôme-Forget ne voit plus les PPP dans sa soupe en ce contexte de crise économique et admet que la formule de partenariat entre le privé et le public devra être adaptée pour éviter à l'État d'assumer une trop grosse part des risques.
Au moment où certains spécialistes remettent en doute la pertinence de construire le CHUM avec l'aide de l'entreprise privée, la ministre des Finances émet aussi quelques réserves sur cet outil qu'elle a tant vanté par le passé. «Présentement, les entreprises ont de la misère à trouver de la liquidité et il va donc falloir qu'on trouve une façon de remettre le risque au secteur privé pour ne pas que le gouvernement le prenne», a-t-elle affirmé au Soleil.
La ministre a ajouté que le Québec n'est pas le seul État à chercher des solutions à ce chapitre puisque plusieurs entreprises privées dans le monde n'ont plus les reins assez solides pour assumer seules les risques de dépassements de coûts des projets publics-privés.
Solutions
«On doit trouver une façon de trouver les liquidités et le financement. On va regarder. Je suis sûre qu'il y a des solutions parce que tous les pays font du PPP», a-t-elle soutenu.
Selon elle, le gouvernement devrait toujours se garder une réserve pour apporter des correctifs une fois les projets de construction terminés. «Ce que je veux éviter, c'est une autre histoire comme le toit du Stade olympique.»











