Le fondateur du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MEDAC), Yves Michaud, estime qu'en annonçant aussi rapidement le nouveau grand patron du bas de laine des Québécois, le conseil d'administration de la Caisse et le gouvernement Charest ont tenté d'occulter la comparution de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, en commission parlementaire, vendredi.
«Ils voulaient se débarrasser du débat de l'opinion publique au plus vite, explique-t-il au Soleil. La recherche d'un chef de la direction, surtout à un moment de crise financière, aurait dû être beaucoup plus approfondie, beaucoup plus sérieuse qu'en temps de prospérité. Le gouvernement a fait le contraire.»
M. Michaud estime que le gouvernement est d'autant plus embarrassé depuis que le porte-
parole péquiste en matière de finances, François Legault, a révélé les mises en garde de la Banque du Canada en 2005 au sujet des papiers commerciaux.
Le fondateur du MEDAC n'a pas digéré que M. Sabia explique vendredi en conférence de presse qu'il n'était pas prêt à sacrifier les rendements de la Caisse, même si un fleuron québécois comme Bombardier devait être vendu à des étrangers. «Quand on veut administrer l'épargne collective des Québécois, ce n'est pas très fort comme réflexion.»
Vendredi, l'annonce du choix de l'ancien grand patron de BCE à la tête de la Caisse de dépôt et placement a été accueillie dans la controverse, malgré le ton rassurant du gouvernement. Â
Pas de pire choix
Le Parti québécois, l'ADQ et Québec solidaire et même des libéraux anonymes ont dénoncé sa nomination. L'ancien premier ministre Bernard Landry a quant à lui estimé qu'on ne pouvait pas faire un pire choix. L'ancien pdg de la Caisse, Jean Campeau, s'est également montré sceptique, mettant en question l'attachement de M. Sabia au développement économique de la province.
Hier, l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP) a aussi dénoncé la nomination précipitée de Michael Sabia.
«Je ne connais pas M. Sabia et je ne connais pas ses compétences», affirme la présidente de l'AQRP, Madelaine Michaud. «Mais tout ce qu'on déplore, nous, c'est que la nomination est arrivée beaucoup trop vite. Est-ce que cette nomination-là a été dévoilée pour éclipser les réponses de la ministre en commission parlementaire? C'est ce que nous croyons.»
Pétition en ligne Â
L'AQRP a lancé hier une pétition en ligne pour réclamer une enquête publique sur les pertes de 40 milliards $ à la Caisse. En 2008, les fonds liés aux régimes de retraite des secteurs public et parapublic gérés par l'institution financière ont perdu plus de 21 milliards $, soit plus de la moitié des pertes totales.
Plus tôt cette semaine, l'Association des retraités de l'éducation et des autres services publics du Québec (AREQ) a réclamé l'intervention du vérificateur général pour comprendre comment la Caisse avait perdu les 12 milliards $ garantissant les chèques de pension de ses membres.
«Nos gens sont inquiets», confiait au Soleil la présidente de l'AREQ, Mariette Gélinas. «Nous voulons des réponses. Nous sommes tannés de nous faire dire que personne n'est responsable de rien.»
Avec la collaboration de Michel Corbeil
















