Inspiré par le Mouvement Desjardins, né d'une crise des banques en 1900, l'ex-maire de Québec croit possible d'inventer de nouvelles façons de gérer l'économie. En conférence de presse, jeudi, à Cap-Saint-Ignace, il a dressé un parallèle avec l'incident cardiaque qui l'a laissé affaibli il y a quelques années.
«Le médecin m'a dit une chose : ou tu changes complètement ta façon de vivre et tes habitudes, ou tes chances que ça recommence sont élevées. C'est la même chose dans la société. [...] Si tu continues comme avant, dès le lendemain de la crise, tu recommences à te concurrencer et à te planter.»
Pour éviter que les mauvaises habitudes ne reviennent au galop, Solidarité rurale a donc eu l'idée d'une grande réflexion sur l'avenir du Québec. Première étape : une cinquantaine de leaders des régions, des milieux communautaires et d'affaires ainsi que des universitaires et quelques politiciens triés sur le volet lanceront des idées pour le Québec pendant toute une journée, le 4 juin, à Beaupré.
Gestes concrets
«Il ne faut surtout pas imaginer ce à quoi on a été habitué, soit un espèce de sommet qui finit par des déclarations solennelles au centre de l'Assemblée nationale», a précisé hier Bernard Généreux, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui réclame du concret. Une tournée des régions du Québec, tant urbaines que rurales, suivra ce remue-méninges.
Le Québec a déjà eu droit à ses États généraux du monde rural, au début des années 90, au terme desquels Solidarité rurale a été créée et une politique nationale de la ruralité a été adoptée.
«Il y avait une première étape à accomplir en 1991, c'était de faire reconnaître qu'il y en avait un, territoire québécois. On passe maintenant à l'autre étape, celle de définir ce qu'on souhaite en faire de ce territoire-là», explique Claire Bolduc, présidente de l'organisme, qui tient son congrès annuel à Cap-Saint-Ignace.
Si celle-ci refuse d'avancer des pistes pour ne pas les brûler, Bernard Généreux est plus loquace. Le maire de Saint-Prime verrait d'un bon oeil l'adoption d'une loi cadre sur l'occupation du territoire. À l'instar de la Loi sur le développement durable, elle toucherait tous les ministères, chapeauterait toutes les lois et influencerait toutes les décisions, de la réforme de la carte électorale au financement des commissions scolaires.
En échange d'une modulation des programmes gouvernementaux pour accommoder les régions, moins densément peuplées et moins riches, celui-ci croit qu'il faut faire comprendre aux ruraux pourquoi il est collectivement rentable d'investir dans le métro de Montréal, par exemple. Inversement, Jean-Paul L'Allier voudrait que les citadins s'ouvrent sur le monde rural.
«La qualité de la ville de Québec dépend de la qualité de son environnement large, de sa première, deuxième, troisième couronne. L'avenir de Québec n'est pas à dissocier de Charlevoix et du Bas-du-fleuve. [...] Il faut sortir de ce monde de l'opposition : si tu aides la ville, tu nuis à la région et si tu aides la région, tu enlèves de l'argent à la ville», fait-il valoir.
Claire Bolduc croit que le dialogue est déjà engagé entre les gens de la ville et de la campagne. Elle veut maintenant l'approfondir et rapprocher les positions.











