«Attendez dans quatre ans!» avait lancé à la blague le courriériste parlementaire, du haut des banquettes réservées aux médias.
Six ans plus tard, ce n'est plus une blague. Gérard Deltell, fan fini du monde politique, ex-journaliste d'un réseau de télévision qui n'a plus de salle de nouvelles, siège à l'Assemblée nationale.
Son saut en politique pour l'Action démocratique du Québec n'a surpris aucun de ses ex-collègues. M. Deltell a toujours affiché une grande admiration pour le métier qu'exercent les politiciens. «J'aimais (comme observateur) les débats parlementaires. De la pure politique.»
En octobre 2006, Le Soleil rapportait que le Parti québécois avait approché Gérard Deltell pour qu'il devienne candidat. Le principal intéressé nous avait corrigés. Le PQ, mais aussi l'ADQ et le Parti libéral du Québec m'ont approché, avait-il dit. Tant que je serai journaliste, avait-il poursuivi, pas question de m'engager. «J'avais mis ça de côté.»
Voilà que, deux ans plus tard, à l'été 2008, TQS congédie ses journalistes. Le chroniqueur politique se recycle au service de la retransmission des débats de l'Assemblée nationale. Des organisateurs se souviennent de lui. À la mi-septembre, c'est encore non, merci, quand Alain Sanscartier, le chef de cabinet de Mario Dumont, le rencontre au Ryna Pizza, dans le quartier Saint-Sacrement.
Une semaine avant le déclenchement des élections, le 31 octobre, après avoir été relancé peu de temps avant par une «autre» formation que l'ADQ, Gérard Deltell dit finalement oui. «C'est drôle. Ça prend des années à réfléchir. Mais quand vient le temps d'agir, que quelques heures.»
Aurait-il pu adhérer à un autre parti que celui fondé par Mario Dumont? «J'ai toujours été un gars de droite», se contente-t-il de dire évasivement. Il a d'ailleurs rappelé Le Soleil quelques heures après l'entrevue pour signaler qu'en 1981, alors cégépien âgé de 17 ans, il avait pris sa carte de membre du Parti progressiste-conservateur. «Mes racines sont réelles et sincères.»
Respect
En 2006, M. Deltell nous avait répondu que «je respecte ceux qui en font le métier». A-t-il changé d'opinion au contact de la réalité? Réponse (politicienne un peu) : oui et non.
«C'est exactement ce à quoi je pensais, commence-t-il par répondre. (Pour) les exigences, c'est ce à quoi je m'attendais. Pour la sollicitude et pour l'attitude aussi. J'ai le privilège d'exercer ce métier pendant quatre ans. Rares sont les métiers aussi fantastiques et passionnants et exigeants.»
Par contre, son «respect» semble avoir diminué considérablement d'intensité lorsqu'il écoute le premier ministre Jean Charest parler de certains sujets. «C'est sûr que les libéraux ont énormément déçu. Ils ont dit des choses et fait le contraire. Dès le début, j'ai dit que M. Charest mettait ses intérêts partisans devant ceux de la nation. Ils ont menti aux gens d'AbitibiBowater» de Donnacona.
Vue imprenable sur la nature humaine
Le journaliste Gérard Deltell travaillait pour une télévision dite «populiste». Il est à même d'apprécier la vue imprenable sur la nature humaine que lui donne son métier de député.
Aujourd'hui, comme à peu près tous ses collègues de l'Assemblée nationale, l'élu défendant la circonscription de Chauveau «fera du bureau de comté». Entendons-nous, «faire du bureau», c'est aussi parcourir le territoire pendant cette journée consacrée aux «commettants».
C'est ainsi que M. Deltell s'entretiendra avec les membres du conseil étudiant de la polyvalente Roger-Comtois, à Loretteville. Qu'il rendra visite à la directrice de l'établissement. Qu'il rencontrera la responsable d'une école primaire.
Le député, c'est avant tout le représentant de la population. C'est aux yeux de plusieurs citoyens une sorte d'ombudsman pour les aider à se retrouver dans le dédale de la bureaucratie et des lois. «Les cas de comté, j'adore ça. Mais, des fois, oui, ça ébranle.»
Détresse
Gérard Deltel se félicite de ne pas avoir vu - encore - de personnes débarquées à son bureau, criant au secours après avoir perdu leur emploi. Mais, dans sa courte expérience de trois mois, il a déjà eu quelques dossiers de détresse humaine.
Des gens qui éclatent en sanglots en confessant des problèmes de couple, d'impôts, d'enfants. «Il y a des cas de misère humaine qui t'interpellent comme individu plus que comme député», constate-t-il.
«J'avais une certaine appréhension [avant son élection, le 8 décembre]. Mais tu offres la personne que tu es. Tu ne fais pas de miracle. Tu aides. Tu accompagnes.»
Quelques heureuses «découvertes» balisent le parcours de sa nouvelle carrière. Le monde des «organismes caritatifs» fait partie de cette catégorie. «Le bénévolat, c'est beaucoup plus fort qu'on ne le pense. De voir tous ces gens se donner à fond, c'est remarquable. Chaque paroisse a ses groupes d'entraide.»
Autre révélation heureuse, ses contacts avec les membres du gouvernement libéral. «Je suis un député de l'opposition. Le premier ministre est venu dans mon comté pour me battre [lors du scrutin]. Pourtant, je sens beaucoup de respect des ministres lorsque je leur adresse des demandes.» Il a en tête comme exemple ce long coup de fil du ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui l'avait joint au moment où il faisait son épicerie.
Journaliste à TQS ou député de Chauveau, M. Deltel est bien visible sur la place publique. Mais il ne s'ennuie pas de la carrière qu'il a abandonnée.
a«Je n'ai aucun regret de ce que j'ai fait ou de ce que je fais. Je suis passé à autre chose. Les deux [métiers te placent] au coeur des débats. Mais le journaliste raconte; le député prend position.»











