C'est une des thèses développées par le professeur Bernard Dagenais, du département d'information et de communication de l'Université Laval, dans un chapitre du livre Rabaska : autopsie d'un projet insensé, lancé aujourd'hui à Québec.
Le chapitre porte sur les stratégies de contrôle de l'opinion publique. «Rarement dans l'histoire politique du Québec il y a eu un tel encerclement du politique», écrit M. Dagenais, qui a occupé par le passé les fonctions de directeur des communications aux ministères de l'Éducation, de l'Énergie et à celui des Affaires intergouvernementales. Plus loin, il ajoute : «Une partie de la stratégie du clan Rabaska, au-delà des communications, a consisté à s'assurer de l'appui de la classe politique. Le résultat est tellement probant qu'il relève de la caricature.»
M. Dagenais laisse entendre que le travail des lobbyistes a été facilité par des prises de position gouvernementales au plus haut niveau. En d'autres termes, contester le projet pouvait signifier qu'on s'opposait au chef du gouvernement, avec les risques que cette position comportait. «Lorsque le chef de cabinet du premier ministre provient de Gaz Métro, lorsque, avant même l'étude du dossier par le BAPE, le premier ministre et trois des ministres concernés appuient le projet, on ne peut même plus parler de trafic d'influence. Il s'agit d'une complicité absolue avant même que le projet ait franchi les étapes de l'approbation», soutient-il. Gaz Métro est un des trois partenaires de Rabaska.
«Appuis indécents»
«Les appuis les plus indécents auront été celui du ministre de la Santé Couillard, qui approuvait le projet alors que les médecins de la région se posaient de sérieuses questions sur les atteintes à la santé, et celui du ministre de l'Environnement Béchard, qui, quelques heures après son assermentation, affirmait que le projet d'un port méthanier était excellent, avant même de prendre connaissance de tous les écueils.»
Le professeur Dagenais, qui réside à Sainte-Pétronille, tire également quelques flèches à l'endroit du maire de Sainte-Pétronille et des autres élus de la MRC de l'Île-d'Orléans. «Une pétition signée par plus de 70 % de la population de Sainte-Pétronille est complètement écartée par son maire, qui fait partie d'un groupe économique à titre de directeur du programme au Collège des administrateurs de société. Un sondage organisé par le clan Rabaska rapporte qu'une majorité des gens de l'Île s'oppose au projet, mais ce constat n'est pas pris en compte par la MRC. Pourquoi?»
M. Dagenais s'étonne du travail des médias, qui auraient dû demeurer neutres, croit-il, par rapport au débat de société entre la croissance économique et le développement durable au lieu de prendre parti en éditorial pour Rabaska. «En fait, conclut-il, l'univers de la grande entreprise s'est ligué avec le pouvoir pour imposer à une population, avec la complicité des médias, un projet dont on n'a jamais démontré l'urgence, la nécessité et la pertinence.»










