Monique Jérôme-Forget, la femme forte du gouvernement de Jean Charest, a révélé un secret qui l'est demeuré jusqu'à la dernière minute. Des rumeurs ont bien couru sur sa retraite depuis quelques semaines. Mais personne ne s'attendait à l'annonce qu'elle a faite, hier matin, dans l'édifice Honoré-Mercier, où loge le personnel du premier ministre.
Sa réflexion remonte à plusieurs mois. Hier, au point de presse qu'elle a donné à Montréal, Monique Jérôme-Forget le confirme. «C'est connu de tout le monde. Je ne devais pas me présenter à la dernière campagne.»
Quelques jours avant le lancement de la campagne électorale, fin octobre, début novembre, son chef, Jean Charest, la rencontre et la convainc : elle sera de la bataille électorale du 8 décembre. Elle représente la caution économique du gouvernement libéral alors minoritaire. M. Charest lui doit une bonne part du succès électoral.
Dans la tempête
Plusieurs observateurs se demandent tout de même pourquoi la députée de Marguerite-Bourgeoys a rempilé au moment où la tempête économique éclate. Elle ne voulait surtout pas se défiler et tenait à présenter un budget qu'elle juge capital pour les citoyens, confesse-t-elle maintenant, en point de presse.
Mi-janvier. Les préparatifs de cet exposé budgétaire vont bon train. Les rumeurs aussi. Des hauts fonctionnaires prédisent au Soleil que la ministre partira avant l'été. Rumeurs.
Mars 2009. Mme Jérôme-Forget dépose son budget. Ses proches collaborateurs l'ignorent. Mais «janvier, février, mars, j'avais averti le premier ministre que je fais le budget, que je vote le budget et que le lendemain, je quitte. Vous me connaissez, lance-t-elle aux journalistes, j'ai la tête dure.»
Sa résolution tient bon. Jean Charest tentera jusqu'au dernier moment de la garder. En vain. Dimanche matin, au bureau du premier ministre, Monique Jérôme-Forget fait part de sa décision finale et rapide de se consacrer à «mes enfants, mon mari, ma famille, mes petits-enfants, ma filleule» qui ont «besoin d'une personne comme moi, énergique».
C'est le début de la ronde des adieux. Dans les heures qui suivent, elle avise son chef de cabinet, Philippe Dubuisson, et sa directrice de cabinet adjointe, Véronique Mercier de son départ.
Mardi, la boucle est bouclée, sans que personne ne le sache. En chambre, dans son discours avant l'adoption officielle de son budget, elle glisse des rappels sur les précédents exercices qu'elle a menés. Vers 17h, les parlementaires votent : 62 élus libéraux l'endossent; 48 députés de l'opposition le rejettent.
Hier, vers 7h30, la nouvelle retraitée informe les autres membres de son personnel politique. L'atmosphère est «émotive. Tout le monde était triste de la voir partir». À la réunion hebdomadaire des élus de Jean Charest, quelques minutes plus tard, même scénario, même atmosphère.
Mme Jérôme-Forget s'amène à l'édifice Honoré-Mercier pour une déclaration aux médias, à 9h15. Le sourire est un peu figé, mais l'ex-ministre est sereine. Son entourage a des sentiments partagés. «C'est une femme qui m'a tellement inspirée. Elle m'a nommée à 27 ans chef de cabinet. Je lui dois tout», laisse tomber Véronique Mercier, en insistant sur le fait que sa patronne était quelqu'un «qui adore rire».
La ministre, qui a diagnostiqué que ses collègues masculins étaient affectés par le «syndrome de la pépine», qui clamait qu'elle tenait bien en main «sa sacoche», a prédit aux journalistes «que vous allez vous ennuyer de Monique... Je vais vous confier un secret : moi aussi».
Elle a cependant donné sa dernière conférence de presse à Montréal, dans sa circonscription de Marguerite-Bourgeoys. «Mon comté est à Montréal. Je suis une fille de Montréal», a expliqué la ministre qui roulait ses R.
















