Coupes en recherche: deux mille chercheurs interpellent Harper

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Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Le dossier du Mont-Mégantic témoigne d'un profond malaise qui commence à gagner la communauté scientifique à travers le pays. Au point où plus de 2000 chercheurs ont signé récemment une lettre ouverte au premier ministre Stephen Harper, lui demandant de réinvestir dans la recherche fondamentale.

L'initiative est venue des chercheurs en mathématiques de plusieurs universités, qui viennent d'ailleurs de créer un site Internet : Researcher Forum/Que dis-tu chercheur? (http://dontleavecanadabehind.wordpress.com).

Dans leur lettre ouverte au premier ministre Harper, qui a recueilli pas moins de 2038 signatures de scientifiques canadiens,

ils expriment une crainte : «Alors que le gouvernement américain augmente le budget de la National Science Foundation (NSF) de 40 %, souligne la missive, le budget de stimulation économique du Canada ampute de 5 % le budget du CRSNG. Alors que le gouvernement américain augmente le financement du National Institute of Health (NIH) de 30 %, le Canada ampute de 5 % le budget de l'Institut de recherche en santé du Canada et ignore les besoins de Génome Canada.»

Selon Christianne Rousseau, directrice du Centre de recherches mathématiques, à l'Université de Montréal, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) a reçu un mandat de couper, et le programme dont relève le Mont-Mégantic a été l'un des plus touchés. Le Conseil voulait préserver les subventions aux chercheurs, mais même là, dit-elle, les critères ont changé et le taux de succès des demandes a diminué. En mathématiques, par exemple, il est passé de 75 % à 64 %.

«Le vrai problème, dit-elle, c'est qu'il n'y a pas assez d'argent pour la recherche. Les universités engagent des chercheurs, mais il n'y a pas d'argent neuf pour eux.»

ACFAS

Son opinion est partagée par le président de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Pierre Noreau, lui-même chercheur au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal. «Le Conseil est obligé de rationaliser parce qu'il n'a pas les moyens de tout financer. La vraie question, c'est de savoir si la recherche est suffisamment financée au Canada. On a le sentiment qu'on coupe où on peut et où on croit que ça va faire le moins mal.»

« On peut pas dire que le gouvernement conservateur veut fermer le Mont-Mégantic, ajoute-t-il, le problème est plus large. Ce gouvernement ne voit pas la nécessité de la recherche fondamentale, il préfère la recherche appliquée à court terme.»

D'autres institutions que le Mont-Mégantic sont affectées par les coupes. Il cite le cas de NanoQuébec, qui est aussi en difficulté parce que les critères de programmes ont été modifiés. «Ça envoie un signal à tous ceux qui travaillent dans ce secteur-là, qui mènent des projets à long terme sur une dizaine d'années, ça menace la pérennité de leurs recherches.»

Exode possible

Le danger, c'est que des chercheurs seront tentés d'aller voir ailleurs. «Pendant les années Bush, des Américains sont venus travailler ici parce que le Canada finançait des recherches délaissées par Washington. Obama arrive et annonce des réinvestissements dans les secteurs de la génétique au moment où le gouvernement Harper coupe les budgets dans ces mêmes secteurs. On risque de perdre ces Américains et des Canadiens aussi qui craignent de ne pas voir leurs projets arriver à terme.»

Un des problèmes auquel fait face le CRSNG c'est que le nombre de demandes de subventions est en hausse. Les universités ont embauché des professeurs au cours des 10 dernières années et ces professeurs ont recruté des étudiants à la maîtrise et au doctorat. Tout ce monde ne demande qu'à travailler dans leurs domaines de recherche, mais selon Christianne Rousseau, on laisse de plus en plus de chercheurs sur le carreau. «Si les taux de succès des demandes de subventions de recherche diminuent, craint-elle, ça risque de faire baisser la qualité de la recherche qui se fait ici.»

«On travaille depuis 20 ans à créer une relève scientifique dans les universités, conclut Pierre Noreau. On leur demande d'obtenir des fonds de recherche, mais si on coupe les fonds, on les empêche de se faire valoir. On risque de démobiliser une génération de chercheurs.»

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