Le règne des Gandhi

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Andrée-Marie Dussault, collaboration spéciale
Le Soleil

Qu'il s'agisse des vedettes bollywoodiennes, des cordonniers ou des politiciens, en Inde les métiers continuent à se transmettre de génération en génération, au même titre que la caste. Pour preuve, le Parlement est peuplé de députés qui ont gagné leur siège davantage grâce à leurs liens familiaux qu'à leurs compétences. Les familles politiques sont nombreuses en Inde. Mais le clan le plus fameux du pays, voire d'Asie, est de loin celui des Nehru-Gandhi.

Depuis l'Indépendance en 1947, l'Inde politique a été dominée par cette dynastie pendant 42 ans. Motilal Nehru, un avocat brahmane, a présidé le Congrès national indien, la force motrice réclamant le départ des Britanniques. Son fils Jawaharlal Nehru, avec le Mahatma Gandhi, a mené le pays à l'indépendance sous l'égide du Congrès, avant de devenir le premier premier ministre de la nouvelle république.

Jawaharlal Nehru a initié sa fille unique à la politique et dès l'indépendance, elle est devenue sa plus proche collaboratrice. De jeune fille timide, Indira Nehru (Gandhi après son mariage, sans lien avec la famille du Mahatma) s'est transformée en dame de fer qui a régné sur la confédération de 1966 à 1977 sans interruption. Elle a ensuite perdu ses élections à cause de la période d'urgence qu'elle a imposée, suspendant des droits démocratiques.

Les Indiens lui ont pardonné et, en 1980, elle est triomphalement revenue à la tête du pays. Elle a exercé le pouvoir jusqu'en 1984 lorsqu'elle a été assassinée par un de ses gardes du corps sikhs. Ses meurtriers l'ont tuée à la suite à la prise d'assaut du Temple d'or, la Mecque des sikhs, où se cachaient des séparatistes sikhs.

Dans un accident d'avion, Indira Gandhi a perdu son fils cadet Sanjay, qu'elle préparait à devenir son successeur. Son aîné, Rajiv, après son décès, a repris la tête du Congrès. Il a connu le même destin tragique que sa mère : en 1984, un commando suicide, suspecté d'être lié aux tamils rebelles, l'a abbatu.

Sa veuve, Sonia, qui souhaitait rester à l'écart de la politique, a été élue première ministre du pays lors des dernières législatives en 2004. À la suite à des protestations massives orchestrées par l'opposition, critiquant ses origines italiennes, elle a renoncé au poste suprême, le cédant à un ancien ministre des Finances (1991-1996), le discret Manmohan Singh.

Aujourd'hui, elle est classée 43e sur la liste des personnes les plus puissantes de Times. Ici, on l'appelle «la reine» et on dit que c'est elle qui tire les ficelles derrière la scène. Lors des élections de 2004, elle a cédé sa circonscription pour que son fils Rahul (38 ans) puisse y être candidat. Le prince de la couronne, comme l'appellent les mauvaises langues, a été élu haut la main. Maintenant, on sent qu'on le prépare à devenir candidat au poste de premier ministre; si ce n'est pour ces élections, ce sera pour les suivantes. S'il a la moitié des capacités requises pour remplir cette fonction est une autre histoire.

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