Joint par Le Soleil à Strasbourg, l'ancien capitaine des Nordiques s'est dit «très fâché» de la position défendue par la Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, qui sert désormais de base de discussion au Parlement européen.
Au début de mars, ses membres ont rejeté tout accommodement pour une chasse dite «sans souffrance inutile» et mis la table pour un embargo total, incluant les peaux, la viande et l'huile, très populaire en raison de sa haute teneur en oméga-3. Une seule petite exception est prévue pour les Inuits engagés dans «des échanges commerciaux à des fins culturelles».
«Les activistes essaient de profiter des élections qui s'en viennent. Pour plusieurs pays, la chasse aux phoques, ce n'est pas important. Alors les députés se disent en faveur du projet parce qu'ils ne veulent pas que ça se retourne contre eux. Certains politiciens ont carrément peur d'être la cible de représailles. C'est une campagne très vicieuse, vous savez», explique M. Stastny.
Celui-ci n'est pourtant pas prêt à dire que les carottes sont cuites. Le fait que le vote ultime soit constamment repoussé ? il devait avoir lieu au début d'avril, puis le 22, donc hier, et il est maintenant prévu pour la première semaine de mai ? témoigne d'une mésentente sur les termes du projet de loi, estime le député de la Slovaquie. «Il y a eu plusieurs rencontres de conciliation, dont une encore ce soir [hier], pour rapprocher les positions», dit-il.
Pour être adopté, le projet d'embargo doit obtenir l'aval du Parlement et du conseil des 27 ministres de l'Environnement. Or, il semble que certains pays et députés tentent d'élargir la portée de l'exception faite aux Inuits pour englober davantage de communautés nordiques. D'autres s'inquiètent de la légalité de toute l'opération.
Le Canada tape sur ce clou. Le ministre du Commerce international, Stockwell Day, et la ministre des Pêches, Gail Shea, ont déjà indiqué que le gouvernement fédéral contesterait devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) toute interdiction des produits dérivés du phoque.
«L'illégalité de la démarche est le meilleur argument que l'on puisse utiliser à ce moment-ci», affirme M. Stastny. Le groupe du Parti populaire européen (démocrates-chrétiens) et des Démocrates européens (PPE-DE) auquel il appartient ? 288 députés sur 785, ce qui en fait le mieux représenté au Parlement européen ? est clairement identifié comme un opposant à l'embargo, tout comme le sont la Finlande, le Danemark et la Suède, alliés naturels du Groenland.
Le politicien précise que le projet de loi doit être adopté avant la fin de la session, le 7 mai, au risque de mourir au feuilleton, puisque les députés se réuniront pendant à peine quelques semaines après les élections du 7 juin et qu'il y a «encore beaucoup de textes à l'étude».
Peaufiner le texte
Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte-Bardot, actrice française qui milite depuis plus de 30 ans pour la fin de la chasse aux phoques, confirme que le temps presse et qu'il «y a une volonté d'aboutir sur un texte commun». Mais il calcule que le principe de l'embargo est acquis et que ce sont surtout des définitions qu'il reste à éclaircir.
Par exemple, l'élargissement de l'exception à toutes les populations qui font une chasse de subsistance commande de préciser le mot subsistance. «Il ne faut pas que ça devienne une chasse commerciale déguisée», insiste M. Marie. De la même façon, l'idée d'accorder un passe-droit aux pays ayant «des niveaux de quotas de chasse raisonnables» déplaît royalement aux groupes de défense des animaux.
«Mais on n'est plus du tout dans les craintes qu'on avait il y a quelques mois», souligne le bras droit de Mme Bardot, fort de l'appui public de Nicolas Sarkozy à la position de la célèbre défenderesse des phoques.











