Le Parti québécois a crié au conflit d'intérêts, hier, à l'Assemblée nationale, au sujet de la nouvelle controverse dans laquelle est entraînée la compagnie d'asphaltage A.B.C. Rive-Nord.
Selon les informations publiées par Le Soleil, la firme, dans laquelle le ministre du Travail possède des parts dans une fiducie sans droit de regard, a présenté la soumission la plus basse pour un contrat de sous-traitance. Il s'agit d'assurer le déneigement et le déglaçage sur une portion de l'autoroute 50, notamment dans le secteur de Lachute, le chef-lieu de la circonscription que représente M. Whissell, Argenteuil.
La direction régionale des Transports s'apprêtait à signer l'accord avec A.B.C. Rive-Nord lorsque le syndicat représentant les ouvriers du ministère a déposé une mise en demeure. La partie syndicale n'a pas été consultée avant de susciter le concours du secteur privé, en violation de la convention collective.
En Chambre, la critique péquiste Agnès Maltais a lancé qu'«on ne peut imaginer conflits d'intérêts aussi évidents et aussi nombreux chez un ministre». M. Whissell «est un ministre clé dans les relations avec les syndicats. Or, un syndicat se voit obligé d'envoyer une mise en demeure afin de bloquer un contrat donné à sa compagnie.
«Il est aussi un grand bâtisseur de routes dans la région dont il est ministre responsable», a ironisé la députée du PQ en faisant référence au fait que les montants des contrats d'A.B.C. Rive-Nord ont doublé depuis que M. Whissell a accédé à un fauteuil ministériel. «Nous apprenons qu'il serait un grand déneigeur dans son propre comté.»
Pour le PQ, le premier ministre Jean Charest doit amender le code d'éthique récemment adopté, code qui permet à un ministre de détenir une participation sans droit de regard dans une compagnie qui fait affaire avec l'État. Mme Maltais en a profité pour se moquer du congrès des libéraux, tenu en fin de semaine, à Laval, où M. Charest a été sacré «grand bâtisseur» du Québec.
«Quand est-ce que le grand timonier [le surnom du défunt dirigeant communiste chinois Mao] va donner le coup de barre nécessaire à cette dérive éthique?» a lancé Agnès Maltais. Selon elle, le ministre Whissell s'est placé dans une situation qui non seulement embarrasse le gouvernement, mais «salit toute la classe politique».
Le ministre délégué aux Transports Norman MacMillan a répliqué que c'est plutôt l'élue du Parti québécois «qui salit la classe politique» par ses allégations. «Tous les contrats donnés par le ministère des Transports sont octroyés par les règles très strictes édictées par le Conseil du trésor. Il n'y a pas d'exception en ce qui concerne la compagnie A.B.C. Rive-Nord.»
Dans un communiqué de presse, la présidente du Syndicat de la Fonction publique du Québec est revenue à la charge pour dénoncer une entente qui déplacera une dizaine de membres de Lachute à Saint-Jérôme, une quarantaine de kilomètres à l'est, dans les Laurentides, au nord de Montréal. «Il y a apparence de conflit d'intérêts, a soulevé Lucie Martineau. On enlève du travail à des employés de l'État pour permettre à la firme appartenant à un ministre d'obtenir un contrat avec le gouvernement.»









