Toute la journée, hier, les deux chefs ont fait durer le suspense en se lançant la balle pour ne pas avoir à porter l'odieux de la tenue d'éventuelles élections au beau milieu des vacances d'été.
D'une part, Michael Ignatieff exige du premier ministre qu'il réponde à ses interrogations sur quatre fronts, dont l'épineuse question des changements au régime d'assurance emploi, s'il souhaite garder le pouvoir encore quelques semaines.
De l'autre, Stephen Harper se dit prêt à rencontrer le chef de l'opposition, mais qu'il est hors de question pour lui de procéder d'ici vendredi aux changements à l'assurance emploi que réclament les libéraux, notamment sur leur souhait d'abaisser à 360 heures travaillées le seuil d'admissibilité au régime.
Dans le but de voir si un terrain d'entente peut être trouvé avant le vote crucial, le premier ministre a donc invité son adversaire à un tête-à-tête dès aujourd'hui.
Si aucun compromis n'est trouvé, le cul-de-sac pourrait mener à la défaite du gouvernement conservateur pas plus tard que vendredi, au moment du vote sur les crédits budgétaires qui, puisqu'il s'agit d'une question d'ordre financier, représente un vote de confiance. Le sort du gouvernement repose entre les mains des libéraux puisque le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont déjà confirmé qu'ils voteraient contre le gouvernement.
Tant le chef conservateur que le chef libéral disent ne pas vouloir d'élections générales cet été, mais ni l'un ni l'autre n'accepte de plier et de retirer cette possibilité de son écran radar.
En plus d'une bonification de l'assurance emploi, M. Ignatieff exige des réponses quant à l'argent réellement dépensé pour les infrastructures au pays, les façons dont les conservateurs comptent revenir à l'équilibre budgétaire et les moyens qu'ils envisagent pour régler la crise des isotopes médicaux.
En point de presse, M. Harper a qualifié les demandes de son adversaire de «pas claires». Il est difficile de répondre à un ultimatum qui n'en est pas un, a-t-il souligné.
«Si l'opposition veut que le gouvernement continue ses projets et son plan d'action économique, elle devrait voter pour les "estimés" [budgétaires] vendredi. Si l'opposition veut une élection et veut bloquer une partie de ces fonds, elle devrait voter contre», a tranché M. Harper.
Sur le terrain de l'assurance emploi, les conservateurs disent vouloir aller de l'avant avec une de leurs promesses électorales de l'automne dernier, soit permettre aux travailleurs autonomes de cotiser pour pouvoir bénéficier du régime, s'ils le souhaitent.
«C'est une refonte vraiment majeure que nous regardons pour l'automne. Ce genre de changements et d'autres changements majeurs ne peuvent pas s'écrire sur le dos d'une enveloppe en quelques jours», a noté M. Harper.
Demande «irresponsable»
Il a encouragé l'opposition à contribuer à cette idée, mais a qualifié d'«irresponsable» la proposition libérale d'abaisser le seuil d'admissibilité à l'assurance emploi à 360 heures de travail partout au pays.
Plus tôt dans la journée, M. Ignatieff avait laissé savoir qu'il ne tenait pas mordicus à ce que les conservateurs consentent à cette demande précise sur les 360 heures, mais les invitait plutôt à agir avant la conclusion de l'actuelle session parlementaire.
«Le gouvernement doit dire maintenant aux Canadiens quels sont ses plans pour l'assurance emploi, pas dans trois mois», avait-il expliqué. Cette porte ouverte, M. Harper l'a claquée au nez de son adversaire. «On ne peut pas faire ça avec des dates limites de quelques journées [...]. Ce n'est pas réaliste», a soutenu le premier ministre.
Michael Ignatieff, lui, dit vouloir remplacer «la confrontation par la coopération», mais il a ajouté qu'il devait s'assurer que le gouvernement agisse de manière responsable. Ce bras de fer entre les deux hommes survient alors qu'un sondage Harris/Décima mené pour La Presse Canadienne suggère que seulement 14 % des Canadiens souhaitent des élections cet été.












