Exploiter l'Arctique: un eldorado qui pourrait coûter très cher

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Exploiter l\'Arctique: un eldorado qui pourrait coûter très cher

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Avant de penser au développement économique, le gouvernement  devra faudra aider les communautés nordiques ? comme celles du Nunavut, qui compte près de 29 500 habitants ? aux prises avec moult problèmes sociaux.

Photothèque Le Soleil

Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

(Québec) Jean Charest et Stephen Harper chantent les beautés du Nord et promettent des emplois, de la richesse, un développement durable en harmonie avec les peuples autochtones et la nature. Un eldorado, en somme. Mais derrière le discours électoraliste, les réalisations se font attendre. Petit débroussaillage de projets d'envergure qui pourraient coûter cher, très cher.

«Tout le monde comprend bien que le Nord est riche en ressources, mais est-ce que c'est seulement du marketing politique?» Paule Halley est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l'environnement de l'Université Laval et membre du Comité consultatif de l'environnement Kativik qui examinent les projets concernant le Nunavik, le Grand Nord du Québec. Pourtant, elle se demande encore de quoi il est question dans le Plan Nord de l'équipe libérale de Jean Charest : «On ne sait pas beaucoup de quoi il est constitué.»

Dans le site Web du Parti libéral du Québec, on évoque bien des projets hydroélectriques et éoliens, des mines, des territoires protégés, de l'aide à l'industrie forestière. Mais le détail tarde, au dire de Mme Halley. Comment pourrons-nous affronter la distance? Les éléments? Surtout, quels seront les impacts sur les habitants de ces régions, sur l'environnement? Elle réclame un débat public.

Percées plus aisées

Les percées dans la région du Nord-du-Québec seront néanmoins plus aisées que dans l'Arctique canadien, commente Leslie Seidle, chercheur principal associé de l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) et codirecteur d'un livre traitant de l'avenir des régions nordiques. D'abord parce que les terres sont moins éloignées, moins gelées. Aussi parce que les Québécois y ont déjà construit des ouvrages d'envergure. Et parce que le gouvernement a démontré sa capacité à s'entendre avec certaines nations autochtones, dont les Cris.

Mais au Québec comme dans les îles glacées du Grand Nord canadien, on est loin d'un développement économique majeur. «Certaines prévisions sont peut-être trop optimistes. L'idée qu'un nouveau Klondike va s'ouvrir dans quelques années, il faut être sceptique, juge M. Seidle. Le coût d'exploitation est extrêmement élevé.»

Les ressources naturelles, l'or, l'uranium, le gaz, le pétrole, suscitent un intérêt certain, acquiesce un chercheur de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, Joël Plouffe. «Il n'y a [toutefois] pas une convoitise comme on peut le laisser entendre. Ça coûte très cher.»

Question de souveraineté

De toute façon, pour l'instant, le gouvernement canadien est plus intéressé par la confirmation de sa souveraineté dans la région que par le développement économique, observe M. Plouffe. D'où les projets de construction de navires pour patrouiller dans les eaux glaciales, de bases de recherche dans l'Arctique, de financement des Rangers canadiens...

Il perçoit «une petite odeur électorale» dans les annonces répétées d'investissements pour le Nord ? cette semaine, le fédéral nous a servi du réchauffé en répétant ses engagements. «Les fonds sont là, mais ils sont plutôt virtuels. [...] Il y a des gens sur le terrain qui attendent les nouvelles pistes d'atterrissage, les habitations...»

Les gouvernements devront délier les cordons de la bourse publique s'ils comptent vraiment industrialiser le Nord, prévient Leslie Seidle, de l'IRPP. «Le privé ne peut pas y aller tout seul. Il faut des lignes de communication, des routes, des écoles pour les familles des gens qui vont travailler là, toute une infrastructure. Ce n'est pas facile!»

Il faudra, en outre, aider les communautés nordiques aux prises avec moult problèmes sociaux : faible scolarisation, suicide, pauvreté... Il pourrait être difficile de trouver de la main-d'oeuvre qualifiée. «La Stratégie pour le Nord [du gouvernement fédéral] est assez faible à cet égard», fait remarquer le chercheur.

Le Centre d'études nordiques, piloté par des chercheurs de Québec, le constate sur le terrain. Il a reçu une subvention pour le développement de ses bases du Nord-du-Québec.

Mais plusieurs des travaux seront effectués par des entrepreneurs du Sud, faute de travailleurs aptes sur place, explique la codirectrice, Monique Bernier, professeure à l'Institut national de recherche scientifique. Oui au développement, donc, mais si les communautés locales sont impliquées : «Il y a beaucoup de jeunes, la population est jeune, et il faut qu'ils travaillent.»

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