Les candidats courtisés et les libéraux qui s'en remettaient à un Coderre tout-puissant au cours des derniers mois ont perdu leur repère. Difficile de croire qu'un PLC sans lieutenant aurait affronté efficacement l'électorat au Québec dès cette semaine. Des soupirs de soulagement ont dû être poussés, jeudi, lorsque les néodémocrates ont soutenu le gouvernement Harper.
«J'imagine que d'ici une semaine, il va se passer des choses, évoque un responsable libéral de la région. La situation ne peut pas demeurer comme ça. C'est très difficile d'avoir quatre ou cinq personnes qui mènent. Il va falloir que Ignatieff nomme quelqu'un pour diriger.»
Pour l'heure, dans la région de Québec, on se concentre sur l'organisation du Congrès du Parti libéral du Canada section Québec. Une rencontre de délégués d'une journée dont le moment fort sera l'allocution du chef Ignatieff. Il doit unifier son aile québécoise, et remonter le moral de ceux qui voient le PLC et son chef s'enfoncer dans l'opinion publique.
Tous conviennent que M. Coderre est une bête de somme. Il a travaillé comme un forcené pour attirer plus d'une soixantaine de candidatures. Il a lui-même gagné la confiance de plusieurs d'entre eux. Il les a convaincus de faire le saut et il a été leur lien avec le PLC. Aujourd'hui, quand ils regardent les sondages, la démission de celui qui leur a ouvert les portes du parti devient l'occasion rêvée pour sauter hors d'un train qu'ils pensaient mieux engagé.
«Si la perception est que le PLC se plonge dans les chicanes et qu'en plus, les sondages ne le donnent pas très fort au Québec, c'est suffisant pour que certains s'en aillent», fait valoir un candidat potentiel approché par M. Coderre.
Il y a aussi ceux qui, toujours intéressés, se demandent maintenant s'ils font toujours partie des plans du parti. Et, le cas échéant, si leur participation peut se faire aux mêmes conditions que celles établies à l'origine par M. Coderre. A-t-il garanti des circonscriptions sans investiture, des responsabilités particulières, un retour d'ascenseur pour service rendu au parti dans une circonscription difficile?
«Il y a un travail colossal à faire, souligne un stratège libéral. On a de l'ouvrage en maudit.»
D'autres qui se croyaient à l'abri sous l'aile de M. Coderre se demandent si ce revirement de situation ne les laisse pas du «mauvais bord». De bons libéraux écartés parce qu'ils ne cadraient pas dans les plans du lieutenant seront tentés de sortir de l'ombre. Chacun sait que M. Coderre ne voyait pas Hélène Scherrer, ex-ministre-députée de Louis-Hébert, dans sa soupe. Elle avait manifesté son intention de revenir, mais le lieutenant lui barrait le chemin. Sera-t-elle sur les rangs?
L'incertitude plane aussi sur les candidatures espérées des Jean Leclerc et Martin Pouliot maintenant que M. Coderre ne mène plus la barque.
Il semble acquis que le lieutenant démissionnaire a choisi de ne plus brasser la cabane du PLC en public. Après s'en être pris à la «gang de Toronto», il a fait savoir à son entourage qu'il ne ferait pas de déclaration incendiaire à Tout le monde en parle, demain soir. Il entend démontrer qu'il est un bon libéral, fidèle et loyal. Les prochaines semaines permettront de mieux évaluer l'ampleur des dégâts causés par la bataille d'Outremont.











