Si M. Taillon souhaite se lancer dans une partielle sans libéral dans les pattes, il devra convaincre un élu adéquiste de lui céder sa place, dit une source gouvernementale. «Ce n'est que dans cette éventualité que nous serions prêts à considérer la chose», dit-elle.
Cet interlocuteur écarte la possibilité qu'une telle faveur puisse être accordée dans une circonscription détenue par un libéral, que ce soit Argenteuil ou une autre. Il rappelle que si les libéraux n'ont pas opposé de candidat à Pauline Marois dans Charlevoix, c'est qu'elle était déjà représentée par un péquiste - Rosaire Bertrand en l'occurrence. On comprend, entre les lignes, que c'était de toute façon une circonscription difficile à prendre pour le PLQ...
Les libéraux ne laisseront donc pas le champ libre à Gilles Taillon dans Argenteuil, même si le député David Whissell devait quitter la politique, comme il l'a déjà laissé entendre depuis qu'il a perdu son fauteuil ministériel.
Le successeur de Mario Dumont a évoqué cette circonscription peu après sa victoire à l'arraché, dimanche. «Argenteuil, c'est un bien beau comté», a dit M. Taillon. Il a l'avantage d'être près de Gatineau, où il habite. Il faudrait bien sûr que «M. Charest ait l'amabilité de ne pas présenter de candidat contre moi», a-t-il glissé, à l'étonnement de plusieurs.
Un expert perplexe
Jean-Herman Guay, directeur de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, se montre perplexe quant à l'avenir de l'ADQ. Pour lui, il existe un «marché» pour un parti de centre droit au Québec; un parti qui souhaite réduire la taille de l'État, voire l'offre de services publics.
M. Guay souligne ainsi que de nombreux Québécois ne voient pas nécessairement d'un mauvais oeil qu'une plus grande place soit faite au secteur privé en santé. L'idée d'«autonomie» sur le plan des relations du Québec avec le reste du Canada correspond aussi au désir de nombreux citoyens.
Mais l'ADQ ne parvient pas ou plus à prendre ces marchés. Qui plus est, le faible taux de participation des membres adéquistes pour désigner un nouveau chef n'augure rien de bon pour son futur.
Jean-Herman Guay n'est pas prêt pour autant à enterrer complètement ce parti. Le projet de souveraineté du PQ, qui stagne, et l'usure du pouvoir à laquelle le PLQ sera confronté peuvent constituer des opportunités pour les adéquistes, selon lui. Cela, c'est sans compter le fait que l'humeur des électeurs québécois change rapidement, dit-il.
Mais pour tirer un peu mieux son épingle du jeu, il faudrait que l'ADQ moissonne sérieusement un terrain. Par exemple, que ses ténors expliquent de façon crédible comment réduire la taille de l'État, estime le politologue. Ce qu'ils n'ont jamais vraiment réussi à faire.
Une «pseudo-tradition»
Il n'y a pas que les libéraux que le nouveau chef adéquiste aurait eu à convaincre. Il y a aussi des adéquistes. Le député de Beauce-Nord est de ceux-là. En entrevue au Soleil, lundi, Janvier Grondin se souvenait très bien avoir déploré la décision des libéraux de ne pas présenter de candidat contre la chef du Parti québécois dans Charlevoix, en 2007. Que les formations politiques n'opposent pas de candidats à un chef tentant de se faire élire lors d'une partielle est une «pseudo-tradition», avait-il dit.
Il avait lui-même présenté le candidat adéquiste Conrad Harvey aux électeurs de Charlevoix. L'Action démocratique du Québec «a choisi la démocratie en permettant aux citoyens de s'exprimer», avait-il dit. Malgré le souhait de M. Taillon, à qui il a donné un appui décisif, M.?Grondin pense la même chose: les électeurs doivent pouvoir choisir entre des candidats provenant de tous les partis.















