Les deux députés de la région de Québec ont annoncé qu'ils siègeront dorénavant comme indépendants jusqu'au prochain scrutin.
«C'est tough», a affirmé Éric Caire, les yeux mouillés. «Ça fait 10 ans que je suis à l'ADQ. Mais ce n'est plus le parti auquel j'ai adhéré. En mon âme et conscience, je ne peux plus continuer.»
Marc Picard, qui a été de la traversée du désert de l'ADQ entre 2003 et 2007, dit ne plus retrouver les valeurs d'«honnêteté», de «transparence» et «d'éthique» qui l'ont attiré à l'ADQ.
Leur désertion fait passer de six à quatre membres la députation du parti. Même si, à l'ADQ, personne ne s'attend à ce que l'Assemblée nationale réduise le budget de la formation politique, au PQ et chez les libéraux, les hypothèses penchent dans le sens contraire. Des négociations auront lieu au cours des prochaines semaines.
Le nouveau chef Gilles Taillon a fait une ultime tentative pour rallier M. Caire au parti cette semaine. L'initiative n'a pas été couronnée de succès. «Il m'a offert de revenir au caucus, de me tenir tranquille, puis de ne pas lui nuire dans son travail de sape de l'ADQ, ce que je refuse de faire», a indiqué M. Caire, «extrêmement déçu».
Le député Caire maintient qu'il était légitime d'exiger le poste de chef parlementaire, lui qui a obtenu 49,97 % des votes des membres lors de l'élection de M. Taillon.
«Il y a des courants idéologiques qui se sont rencontrés dans la course et ils avaient tous droit de cité, et le mien à plus forte raison, estime M. Caire. [...] Visiblement, il y a un grand canyon qui nous sépare lui [M. Taillon] et moi au point de vue de l'organisation, des convictions politiques. Il est chef de l'ADQ.»
Les deux députés - qui n'ont pas cherché à attirer avec eux d'autres collègues - devaient faire leur annonce la semaine prochaine. Mais les révélations de TVA, selon lesquelles le président du parti, Mario Charpentier, aurait financé la campagne de M. Taillon en dépit de son devoir de réserve ont précipité l'annonce.
M. Charpentier «aurait dû faire connaître cette intention de façon officielle et publique», a dit M. Caire.
Pas de nouveau parti
Pour l'heure, il n'est pas question pour les démissionnaires de prendre en main un nouveau parti. Ils se disent prêts à mettre la main à la pâte, mais croient que les «lucides» doivent «sauter sur la patinoire».
«Je serai toujours prêts à me joindre à un véritable parti de centre-droite, dit M. Caire. Mais en être l'unique fondateur, c'est peut-être un peu trop pour un seul homme.»
Lors de sa campagne au leadership, M. Caire a plaidé en faveur du déclenchement d'une élection complémentaire lorsqu'un député passe d'un parti à un autre. Il ne croit pas que la même règle doive s'appliquer à un indépendant.
«Si je ne m'étais pas présenté pour l'ADQ, ma majorité aurait été plus grande, analyse M. Caire. Je ne me sens pas redevable à l'ADQ de ma réélection. [...] Je pense que mes citoyens vont m'appuyer là -dedans.»
Si le député de La Peltrie entend retourner en Chambre, le cancer de la prostate de M. Picard risque de le tenir à l'écart du Salon bleu toute la session.
Ils estiment qu'ils seront en mesure de porter un message de centre-droit au Parlement malgré leur statut d'indépendant.














