Éthique et politique: faut-il vendre son entreprise?

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Le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval,... (Photothèque La Presse)

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Le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, estime qu'il est injuste de demander aux entrepreneurs de liquider un patrimoine familial bâti au fil des ans pour occuper leur place autour du Conseil des ministres.

Photothèque La Presse

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) David Whissell a reçu un appui inespéré le 16 octobre de la part de l'ancien député bloquiste Yvan Loubier, aujourd'hui à l'emploi de la firme National. «Peut-on exiger d'eux [les entrepreneurs désireux de faire de la politique] de renoncer au fruit du travail de plusieurs générations et au patrimoine qu'ils désirent laisser à leurs enfants? C'est payer très cher, c'est payer trop cher», a écrit M. Loubier dans une lettre aux médias.

L'ancien chef de cabinet de Jean Charest, Ronald Poupart, n'est pas d'accord. «J'ai bien de la misère avec ses arguments. Parce que c'est ça, la règle du jeu en politique :  tu vis dans une maison de verre. Si tu vis dans une maison de verre, il ne faut pas qu'il y ait apparence de conflit d'intérêts. Donc, le plus grand conseil qu'on puisse donner à une personnalité d'affaires, c'est de se libérer de ses intérêts. Comme Paul Gobeil l'a fait, comme André Bourbeau l'a fait, et comme je ne sais pas combien de ministres l'ont fait dans le temps.»

Le cas de David Whissell a lancé un débat au sein des organisations patronales du Québec. Le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, estime qu'il est injuste de demander aux entrepreneurs de liquider un patrimoine familial bâti au fil des ans pour occuper leur place autour du Conseil des ministres. M. Dorval croit que les propriétaires d'entreprises comme M. Whissell seraient à l'abri d'allégations si le gouvernement nommait un commissaire à l'éthique indépendant. Il fait valoir que les personnes morales, c'est-à-dire les entreprises, qui paient des taxes sans avoir le droit de vote, sont sous-représentées à cause des contraintes imposées aux entrepreneurs qui veulent faire de la politique. «Est-ce que ça veut dire que seuls les professeurs d'université, les journalistes ou les syndicalistes peuvent se présenter?»

Barrières problématiques

La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, estime également que les barrières imposées aux propriétaires d'entreprise qui veulent faire de la politique posent problème. Elle fait valoir que le Conseil des ministres a tout intérêt à suivre l'exemple des grands conseils d'administration qui font des efforts pour recruter des administrateurs qui viennent d'horizons très différents. «Il ne faut pas que par des mesures puristes, on se trouve à exclure toute une partie des citoyens de la chose publique», explique-t-elle. Mme Bertrand fait valoir que David Whissell est le propriétaire d'une entreprise familiale. «On parle beaucoup de relève et de planification de succession dans les entreprises familiales au Québec, et il souhaite le faire. Alors, il faut trouver des véhicules qui le permettent et qui rassurent la population sur le fait qu'il n'y a pas d'interférence entre des intérêts personnels et l'intérêt public.»

L'ancien ministre péquiste, Maurice Martel, qui avait conservé sa pharmacie lorsqu'il était au gouvernement, estime qu'il faut faire la distinction entre des entreprises comme la sienne, qui ne transigent pas directement avec le gouvernement, et une entreprise d'asphaltage, comme celle de David Whissell, qui soumissionne pour des contrats du ministère des Transports.

Peut-on discriminer ainsi d'une entreprise à l'autre? La solution n'est pas simple. Ronald Poupart, reconnaît qu'il y a place pour un débat. Il déplore cependant que les gouvernements, comme dans le cas de la nomination du commissaire au lobbyisme sous Bernard Landry, ne font ces réflexions qu'en période de crise, dans un débat partisan qui se prête mal à l'établissement des meilleures avenues de solution.

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